La Chronique du Bantu — Une croissance à deux vitesses : l’Afrique doit accélérer son intégration

Les chiffres, cette année encore, donnent le sourire aux communicants des institutions financières internationales. 4,3 %, 4,5 % de croissance annoncés pour l’Afrique subsaharienne en 2026, un rythme que la région n’avait plus connu depuis dix ans. La Guinée s’envole grâce à Simandou, le Rwanda et le Bénin dépassent les 6 %, et l’on se prend, une fois de plus, à rêver d’un « lion africain » enfin réveillé.
Mais soyons honnêtes : cette croissance reste, pour l’essentiel, une croissance de rente. Elle dépend d’un gisement de fer chinois, d’un cours du pétrole favorable, d’une demande extérieure qui peut se retourner du jour au lendemain, comme l’a montré la récente révision à la baisse des prévisions du FMI sous l’effet des tensions au Moyen-Orient. Ce n’est pas une croissance que l’Afrique a construite pour elle-même, par elle-même et entre elle-même.
La ZLECAf, grande absente des chiffres qui font la une
Voilà plus de six ans que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est entrée en vigueur. Et pourtant, le commerce intra-africain plafonne toujours autour de 15 à 18 % des échanges du continent, très loin des 60 % observés en Europe ou en Asie du Sud-Est. On célèbre des taux de croissance record dans tel ou tel pays, mais on parle peu de la difficulté, pour un transporteur ivoirien, d’acheminer une cargaison jusqu’au Cameroun sans affronter une accumulation de tracasseries douanières, de corridors dégradés et de formalités redondantes d’un pays à l’autre.
Ce que devrait vraiment mesurer notre optimisme
Le vrai indicateur de la santé économique africaine, ce n’est pas seulement le PIB nominal de l’Afrique du Sud ou de l’Égypte, ni même le taux de croissance affiché par la Guinée grâce à un partenaire étranger. C’est la capacité d’un produit fabriqué à Douala à être vendu sans encombre à Kinshasa, à Dakar ou à Nairobi. Tant que cette capacité restera marginale, la croissance africaine continuera d’être une addition de performances nationales disparates plutôt qu’une dynamique continentale. L’intégration régionale n’est pas un slogan de sommet : c’est la condition sine qua non pour que cette croissance profite enfin à ceux qui la produisent.
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