Cameroun : la justice militaire face aux violences postélectorales
Les procès liés aux violences postélectorales de 2025 se poursuivent devant le tribunal militaire de Yaoundé. Un an après les troubles qui avaient suivi l’annonce des résultats de la présidentielle camerounaise, le choix de la juridiction militaire pour juger des civils continue de nourrir le débat sur la nature même de la justice rendue.
Ce recours aux tribunaux militaires n’est pas une nouveauté au Cameroun, où cette pratique a déjà été appliquée dans le passé pour juger des affaires sensibles touchant à l’ordre public ou à la sécurité de l’État. Elle soulève cependant une question de fond : peut-on parler de réconciliation nationale quand le glaive qui tranche les responsabilités individuelles reste celui de l’armée plutôt que celui de la justice civile ordinaire ?
Les défenseurs de cette approche avancent des arguments de célérité et de fermeté, dans un contexte où la préservation de l’ordre public reste une priorité affichée des autorités. Les critiques, eux, y voient un raccourci procédural qui prive les prévenus de certaines garanties propres aux juridictions civiles, et qui, sur le temps long, risque d’alimenter plutôt que d’apaiser les tensions politiques.
Au-delà du cas camerounais, cette séquence illustre une tension récurrente sur le continent entre la nécessité de rendre justice rapidement après des épisodes de violence et l’exigence d’un cadre judiciaire perçu comme légitime par l’ensemble des parties. C’est cette légitimité perçue, bien plus que la sévérité des peines prononcées, qui déterminera si ces procès referment durablement la page des violences de 2025 ou s’ils en prolongent simplement l’onde de choc.
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