La Chronique du Bantu : quand une entreprise publique dérape, c’est tout un modèle qui vacille
Six ans sans assemblée générale. Des milliards de francs CFA investis à Dubaï sans qu’ils apparaissent nulle part dans les comptes officiels. Voilà, en substance, ce que révèle l’audit qui secoue la Société nationale des hydrocarbures du Cameroun cette semaine. Au-delà du cas camerounais, cette affaire dit quelque chose de plus large sur la manière dont une partie de l’Afrique centrale gère encore ses champions économiques nationaux.
Ce n’est pas un cas isolé. D’un pays à l’autre de la sous-région, les mêmes symptômes reviennent : gouvernance opaque, absence de contrôle actionnarial réel, nominations dictées par la proximité avec le sommet de l’État plutôt que par la compétence. Le problème n’est pas seulement moral, il est économique et concret : chaque dette dissimulée, chaque participation non déclarée, c’est un peu moins de marge de manœuvre budgétaire pour l’école, la santé ou les routes.
Le paradoxe est cruel. Ces entreprises publiques ont souvent été créées, dans les décennies post-indépendance, pour incarner la souveraineté économique du continent face aux majors étrangères. Mais quand la gouvernance interne se délite au point de ressembler à une gestion patrimoniale, c’est précisément cette promesse de souveraineté qui se vide de son sens. Le contribuable, lui, n’a aucun outil de contrôle en temps réel : il découvre, des années plus tard, par la voix d’un audit ou d’une enquête journalistique, ce qui s’est joué en son nom.
À l’heure où plusieurs États d’Afrique centrale négocient avec le FMI et les bailleurs internationaux, la crédibilité de ces négociations se jouera aussi sur ce terrain-là : la capacité, ou non, à faire de la transparence des entreprises publiques une exigence non négociable, et pas seulement un slogan de bonne gouvernance brandi pour les partenaires extérieurs.
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