Kompas Actu

Votre boussole d'info — Afrique, économie, logistique et politique internationale

Kompas Actu

Votre boussole d'info — Afrique, économie, logistique et politique internationale

La Chronique Du Bantu

Affectation de Cerlin Belinga : ce que révèle un mouvement judiciaire dans l’affaire Martinez Zogo

Sur le papier, ce n’est qu’un décret présidentiel parmi tant d’autres : le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, jusque-là commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé, est affecté à Maroua, où il devient vice-président du tribunal militaire local, cumulativement avec des fonctions de juge d’instruction. Il est remplacé à Yaoundé par le lieutenant-colonel André Éric Atemengue Omgba. Rien, formellement, ne permet de parler de sanction : Cerlin Belinga reste dans la magistrature militaire et reçoit même des responsabilités supplémentaires.

Mais dans un pays où le symbole pèse parfois plus lourd que le texte, cette affectation ne pouvait pas passer inaperçue. Depuis 2023, Cerlin Belinga incarnait l’accusation dans l’un des dossiers judiciaires les plus scrutés de la décennie : l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, animateur de radio retrouvé mort en janvier 2023, une affaire qui a mis en lumière les tensions profondes traversant l’appareil sécuritaire et judiciaire camerounais. Dix-sept personnes sont poursuivies devant le Tribunal militaire de Yaoundé, parmi lesquelles l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et l’ancien directeur général de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko.

C’est précisément cette proximité avec un dossier aussi sensible qui donne à ce changement de juridiction une résonance particulière. Le magistrat avait notamment présenté une liste de 47 témoins et rejeté plusieurs exceptions de procédure soulevées par la défense. Son départ, en pleine phase active du procès, interroge inévitablement sur la continuité de l’accusation et sur la place qu’occupera désormais ce dossier dans l’agenda judiciaire militaire.

Faut-il y voir un simple mouvement de carrière, ou le signe d’un rééquilibrage plus discret au sein d’un procès qui dérange autant qu’il fascine l’opinion publique camerounaise ? La prudence impose de distinguer les faits, une affectation administrative dans une magistrature où les mutations existent, des interprétations qu’elle suscite inévitablement dans un contexte de défiance généralisée envers les institutions.

Ce qui est certain, c’est que l’affaire Martinez Zogo continue, plus de trois ans après les faits, de fonctionner comme un révélateur des fragilités institutionnelles camerounaises. Chaque mouvement, aussi administratif soit-il en apparence, y est désormais lu à la lumière de cette défiance. C’est peut-être cela, plus que le fond du dossier lui-même, le véritable enseignement de cette affectation.


Discover more from Kompas Actu

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Discover more from Kompas Actu

Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

Continue reading