Burhan cloué au sol : quand le visa devient une arme diplomatique
Il devait monter à la tribune des Nations unies pour porter la voix du Soudan. Il est resté à Port-Soudan. Le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée et président du Conseil de souveraineté de transition, n’a pas obtenu à temps le visa américain qui devait lui permettre de participer à la 81e session de l’Assemblée générale. Selon des sources citées par Reuters, la délivrance du document aurait été liée à l’acceptation d’une proposition américaine de trêve de 90 jours. Khartoum refuse, craignant qu’une pause ne permette aux Forces de soutien rapide (RSF) de se réorganiser.
Une humiliation calculée
Le pays hôte du siège de l’ONU a des obligations envers les délégations des États membres. Qu’un chef d’État africain soit empêché de s’y rendre, officiellement pour un retard administratif, officieusement pour faire pression, n’est pas un détail protocolaire. C’est un message adressé à tout le continent : l’accès à la tribune mondiale peut devenir conditionnel. Hier le Soudan, demain qui ?
Le Bantu n’a aucune tendresse pour les généraux qui ont transformé le Soudan en champ de ruines. Depuis avril 2023, la guerre entre l’armée et les RSF a provoqué l’une des pires catastrophes humanitaires de la planète. Mais la question n’est pas de savoir si Burhan mérite la sympathie. Elle est de savoir si la contrainte symbolique rapproche la paix ou l’éloigne.
L’argument de l’armée n’est pas absurde
Les trêves ont une histoire au Soudan, et elle est rarement heureuse. Des cessez-le-feu successifs négociés depuis 2023 ont souvent été violés dans les heures qui suivaient. Pour l’état-major, une pause de trois mois sans mécanisme de vérification robuste revient à offrir à l’adversaire le temps de se réarmer. On peut contester ce calcul, mais on ne peut pas le balayer d’un revers de main.
Inversement, Washington peut arguer que chaque jour de guerre coûte des vies civiles et que la pression est le seul langage que comprennent les belligérants. Là encore, l’argument se tient. C’est précisément ce qui rend l’affaire intéressante : deux logiques défendables qui s’affrontent, et au milieu, des millions de Soudanais qui n’ont voix au chapitre ni à Port-Soudan, ni à New York.
Où est l’Afrique ?
Voilà la vraie question. Que la proposition de trêve la plus visible du moment vienne de Washington, et que son principal levier soit un visa, dit l’effacement des médiations africaines. L’Union africaine, l’IGAD et les voisins du Soudan ont multiplié les initiatives, sans parvenir à s’imposer comme l’arène centrale du règlement. Quand l’Afrique ne règle pas ses crises, d’autres les règlent à leur manière, avec leurs outils et selon leurs intérêts.
Le Bantu en tire une conclusion simple : l’indignation contre le « chantage au visa » ne vaut que si elle s’accompagne d’une alternative crédible. Tant que le continent n’aura pas de mécanisme de paix capable de peser sur ses propres belligérants, il devra accepter que d’autres le fassent à sa place. Le siège vide du Soudan à l’ONU n’est pas seulement l’échec d’un général. C’est un miroir tendu à toute l’architecture africaine de paix et de sécurité.
Le Bantu
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