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La Chronique Du Bantu

Chronique : la vie chère, nouveau juge de paix des gouvernements africains

En quelques jours, trois signaux venus de capitales différentes ont dessiné la même inquiétude. Le 9 octobre, Ouagadougou a suspendu les exportations de farines de céréales. Le 11 octobre, Libreville a confié à un ministre délégué la lutte contre la vie chère. Et ce lundi 12 octobre, à l’ouverture des Assemblées du FMI et de la Banque mondiale, l’inflation africaine s’est invitée en tête des préoccupations. Le coût de la vie est en train de devenir le premier critère à l’aune duquel les citoyens jugent leurs dirigeants.

Ouagadougou ferme le robinet des farines

Par un communiqué du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat daté du 9 octobre, le Burkina Faso a suspendu « jusqu’à nouvel ordre » l’exportation des farines de mil, de maïs et de sorgho, ainsi que de leurs dérivés, et la délivrance des autorisations spéciales d’exportation correspondantes. L’objectif affiché est de garantir la disponibilité de ces produits de base sur le marché intérieur. Selon la revue de presse de RFI, la mesure intervient quelques mois seulement après la levée, en juillet 2026, d’une interdiction similaire instaurée en 2022, des sorties massives vers les pays voisins, où les prix sont plus élevés, ayant été dénoncées.

Ce va-et-vient réglementaire illustre le dilemme des États sahéliens : ouvrir les frontières pour soutenir les revenus des transformateurs, ou les fermer pour protéger le panier de la ménagère. Les autorités ont appelé les opérateurs au « patriotisme économique » et mobilisé les contrôles aux frontières.

Libreville en fait un portefeuille ministériel

Au Gabon, le remaniement du 11 octobre a été révélateur. Le ministre de l’Économie, Thierry Minko, voit son intitulé élargi à la lutte contre la vie chère, et un ministre délégué, Marc Abeghe, est spécifiquement chargé de ce dossier. Le gouvernement gabonais avait déjà ajusté ses subventions pour protéger le pouvoir d’achat face à l’inflation alimentaire. Quand la vie chère figure dans l’organigramme de l’État, c’est qu’elle est devenue un enjeu de stabilité politique.

Des causes largement importées

Les chiffres de la Banque mondiale confirment la tendance. Dans son rapport régional du 6 octobre, l’institution prévoit que l’inflation médiane en Afrique subsaharienne passe de 3,7 % à 5,5 %, sous l’effet de la hausse des prix du carburant, des engrais et des denrées alimentaires. La crise du détroit d’Ormuz a provoqué un choc énergétique mondial, et l’insécurité en mer Rouge renchérit le fret : à Djibouti, le patron des ports admet que les surcoûts logistiques se répercutent sur le prix des produits importés.

Autrement dit, une partie de la vie chère africaine se fabrique loin du continent. Mais ses conséquences, elles, se gèrent sur place, dans des budgets déjà contraints par le service de la dette et le recul de l’aide internationale.

L’équation impossible des gouvernements

Les marges de manœuvre sont étroites. Subventionner les produits de base coûte cher au moment où le FMI et les unions monétaires, comme la CEMAC la semaine dernière à N’Djamena, exigent des budgets compatibles avec la soutenabilité de la dette. Bloquer les exportations soulage le marché intérieur à court terme, mais pénalise les producteurs et contredit l’ambition d’intégration commerciale portée par la Zlecaf.

La Banque mondiale a déjà évoqué un dispositif de soutien d’urgence et dit discuter avec 30 à 40 pays. Une session consacrée à la sécurité alimentaire, avec notamment le ministre burkinabè des Finances, est prévue jeudi à Bangkok. Reste une leçon politique : sur le continent, la légitimité des gouvernants, qu’ils soient issus des urnes ou de transitions, se mesure de plus en plus au prix du sac de farine et du litre de carburant. Les réponses d’urgence ne suffiront pas ; c’est la capacité à produire, transformer et stocker localement qui fera la différence.

Sources : Burkina24, allAfrica / revue de presse RFI, Kaweru Infos, Gabonactu, Bénin Web TV, Capital (Éthiopie), Impact.sn.


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