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Éthiopie-Érythrée : les deux voisins au bord de la guerre, l’ONU saisie de part et d’autre

La Corne de l’Afrique retient son souffle. Après avoir accusé l’Érythrée d’« agression flagrante » devant le Conseil de sécurité de l’ONU vendredi 9 octobre 2026, l’Éthiopie a vu son voisin lui répondre dès le lendemain en dénonçant une « déclaration de guerre ». Sur le terrain, les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés ont pris le contrôle d’Adigrat, dans le nord du Tigré, à une trentaine ou une quarantaine de kilomètres de la frontière érythréenne selon les sources.

La bataille des lettres à l’ONU

Dans une lettre au Conseil de sécurité, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, affirme que des troupes érythréennes ont pénétré jusqu’à 60 kilomètres à l’intérieur du Tigré. Il invoque l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui consacre le droit de légitime défense, sans préciser les mesures envisagées, rapporte Al Jazeera.

Samedi 10 octobre, son homologue érythréen Osman Saleh a demandé à son tour au Conseil de condamner la « déclaration de guerre déplorable » de l’Éthiopie et de prendre des mesures dissuasives, selon l’AFP. Asmara accuse Addis-Abeba d’utiliser de prétendues incursions pour justifier un projet d’invasion de longue date et prévient qu’une guerre provoquerait d’immenses dévastations pour les deux peuples. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a mis en garde contre les risques d’escalade et rappelé l’interdiction du recours à la force contre l’intégrité territoriale d’un État.

Adigrat tombe, Mekele reprise

L’escalade s’inscrit dans la reprise des combats dans le nord de l’Éthiopie. Le 23 septembre, une alliance rebelle incluant le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a attaqué les forces gouvernementales au Tigré, en Amhara et en Afar, et s’est emparée de Mekele, la capitale régionale. Les rebelles ont annoncé leur retrait le 3 octobre ; les forces fédérales ont repris l’aéroport le 6 octobre, et Ethiopian Airlines a annoncé la reprise de ses vols vers la ville.

Dans la nuit du 8 au 9 octobre, des frappes de drones ont visé des troupes érythréennes près d’Adigrat, qui se sont repliées vers le nord, selon l’AFP. Les soldats éthiopiens, accompagnés de combattants de la Force de paix du Tigré, alliée au gouvernement, sont ensuite entrés dans la ville. Une source sécuritaire étrangère citée par l’AFP estime que 5 000 à 8 000 soldats érythréens étaient présents au Tigré. L’ambassade des États-Unis à Asmara a, de son côté, invité ses ressortissants à préparer des plans d’évacuation.

La mer Rouge en toile de fond

Au-delà du Tigré, la question de l’accès à la mer est au cœur de la crise. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed répète que son pays, enclavé et peuplé de quelque 120 millions d’habitants, doit disposer d’un débouché maritime ; il l’a encore réaffirmé le 5 octobre. Asmara soupçonne Addis-Abeba de convoiter le port érythréen d’Assab. Les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques le 1er octobre.

L’histoire pèse lourd : après l’indépendance érythréenne en 1993, les deux voisins se sont affrontés de 1998 à 2000 dans une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts. Alliés contre le TPLF lors du conflit de 2020-2022, qui a fait au moins 600 000 morts selon l’AFP, ils se sont ensuite éloignés, l’Érythrée n’ayant pas été partie à l’accord de Pretoria de novembre 2022.

Les analystes redoutent le pire

Interrogé par Al Jazeera, le journaliste Tom Gardner, de The Economist, estime qu’il s’agit du moment le plus dangereux pour la région depuis la guerre de 1998-2000. D’autres spécialistes évoquent une phase à haut risque de confrontation directe mais limitée, aggravée par la rupture des liens diplomatiques, qui prive les deux capitales de leur dernier canal formel de gestion de crise. Une guerre ouverte n’est pas inévitable, mais l’espace pour la diplomatie se rétrécit. Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse les deux pays : stabilité de la Corne, sécurité de la mer Rouge et flux humanitaires seraient directement menacés en cas d’embrasement.

Sources : AFP via La Libre Belgique, Al Jazeera, RFI via Mediacongo, Washington Post.


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