Kompas Actu

Votre boussole d'info — Afrique, économie, logistique et politique internationale

Kompas Actu

Votre boussole d'info — Afrique, économie, logistique et politique internationale

Économie

Ouganda : la banque centrale relève brutalement son taux directeur à 12 % pour sauver le shilling

La Banque d’Ouganda a annoncé mercredi 14 octobre 2026, à l’issue d’une réunion extraordinaire de son comité de politique monétaire, une hausse de 225 points de base de son taux directeur, porté de 9,75 % à 12 %. Le gouverneur Michael Atingi-Ego justifie ce tour de vis par la dépréciation du shilling et la hausse des prix mondiaux de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient.

Une hausse historique

L’ampleur de la décision a surpris. Selon Nairametrics, il s’agit du plus fort ajustement mensuel de la politique monétaire ougandaise depuis octobre 2011, et le taux directeur atteint son plus haut niveau depuis décembre 2016. La banque centrale a aussi relevé ses autres taux de référence : le taux de réescompte passe à 15 % et le taux bancaire à 16 %.

Cette mesure prolonge un premier resserrement décidé fin septembre : le coefficient de réserves obligatoires des banques commerciales avait alors été porté de 11 % à 13,5 %, à compter du 24 septembre.

Le shilling sous pression, les comptes extérieurs dégradés

Le shilling ougandais avait touché un plus bas historique début octobre. Pays importateur de carburant, l’Ouganda subit de plein fouet le renchérissement du pétrole, du fret et des assurances maritimes provoqué par les perturbations au Moyen-Orient. Dans le même temps, ses recettes d’exportation ont souffert de la baisse des cours du café et du cacao, et de revenus touristiques plus faibles.

Résultat : le déficit du compte courant s’est creusé de 1,4 milliard de dollars (+43,8 %) pour atteindre 4,6 milliards de dollars, selon les chiffres de la banque centrale. Les transferts de la diaspora ont amorti une partie du choc, mais le ralentissement des entrées de capitaux étrangers, attirés par des taux plus rémunérateurs ailleurs, a laissé la monnaie exposée. L’effet de l’annonce a été immédiat : selon The Rio Times, le cours moyen de la banque centrale est passé d’environ 4 130 à environ 3 951 shillings pour un dollar dans la journée, soit un rebond d’environ 4,5 %.

L’inflation attendue en nette hausse

L’inflation reste modérée pour l’instant, mais la tendance inquiète. Les principaux indicateurs publiés par la banque centrale :

  • Inflation globale : 4,6 % en septembre, contre 4,1 % en août ;
  • Inflation sous-jacente : 3,7 % ;
  • Prévision à 12 mois : 7 à 7,5 % pour l’inflation globale, 5,5 à 6 % pour l’inflation sous-jacente, au-dessus de la cible de 5 % ;
  • Croissance 2026/27 révisée à 6-6,5 %, contre 7-7,5 % auparavant.

En frappant fort et vite, la Banque d’Ouganda cherche à casser les anticipations d’inflation importée avant qu’elles ne se diffusent aux prix de l’alimentation et des transports.

Un signal pour toute l’Afrique de l’Est

Le revers de la médaille est connu : le crédit va renchérir pour les entreprises et les ménages, au risque de freiner l’activité. Reste à savoir à quel rythme les banques commerciales répercuteront la hausse sur leurs taux de prêt et si le rebond du shilling tiendra dans la durée. La décision ougandaise illustre plus largement la vulnérabilité des économies africaines importatrices de pétrole au choc énergétique actuel : au Kenya voisin, Kenya Airways a vu sa facture de kérosène bondir de 66 % au premier semestre selon son président, ce qui a contraint l’État à un nouveau plan de soutien d’environ 1,3 milliard de dollars.

Sources : Nairametrics ; The Rio Times ; Pulse Uganda ; UG Business ; Agence Ecofin (Kenya Airways).


Discover more from Kompas Actu

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Discover more from Kompas Actu

Subscribe now to keep reading and get access to the full archive.

Continue reading