Guinée-Bissau : le général Horta N’tam limoge Sandji Fati, la purge du clan Embaló s’accélère à l’approche d’élections incertaines
Le général Horta N’tam (aussi orthographié Inta-A), chef de la junte au pouvoir en Guinée-Bissau, a limogé mercredi 14 octobre 2026, « avec effet immédiat » selon le décret, le lieutenant-général Sandji Fati, directeur du cabinet civil de la présidence. Ancien ministre de la Défense et conseiller militaire de l’ex-président Umaro Sissoco Embaló, il est le dernier en date d’une série de proches du chef de l’État déchu écartés des postes clés.
Un pilier de l’ancien régime écarté
Sandji Fati (orthographié Sadji Fati par certaines agences) occupait la direction du cabinet civil de la présidence depuis décembre 2025, après le changement de régime. Le décret ne donne aucun motif officiel et ne nomme pas de successeur. Selon des observateurs cités par le site Exclusif, la décision serait liée à des rumeurs, apparues début octobre, d’une tentative de retour d’Umaro Sissoco Embaló, qui avaient déjà conduit la junte à démanteler et désarmer la garde présidentielle, longtemps fidèle à l’ancien chef de l’État. Le général Fati était soupçonné d’œuvrer en coulisses pour son ancien mentor ; cette lecture n’a toutefois pas été confirmée officiellement.
Une purge méthodique
Ce limogeage s’ajoute à une liste déjà longue. Selon l’AFP, relayée par Africanews, la junte a écarté depuis la chute d’Embaló de nombreux membres de sa garde rapprochée et la plupart des officiers qui lui étaient liés. Quelques jours plus tôt, elle avait renvoyé le ministre de l’Intérieur, le général Mama Saliu Embaló, et la ministre de la Pêche, Maria Da Cruz Correia, tous deux considérés comme proches de l’ancien président. Le directeur général des impôts, Malam Sissé, a également été remplacé, selon Exclusif.
Pour de nombreux analystes, ces décisions visent à verrouiller l’appareil sécuritaire et administratif et à couper les relais de l’ancien chef de l’État, aujourd’hui en exil au Maroc.
Retour sur un coup d’État controversé
Les militaires ont pris le pouvoir le 26 novembre 2025, à la veille de la publication des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives, renversant Umaro Sissoco Embaló et suspendant le processus électoral. Le général Horta N’tam a ensuite été investi à la tête de la transition. Des observateurs soupçonnent depuis l’origine Embaló d’avoir lui-même orchestré ce putsch pour éviter une défaite électorale annoncée, une hypothèse qui n’a jamais été établie. La distance que prend aujourd’hui la junte avec son entourage alimente le débat sur la nature réelle des rapports entre les deux camps.
Des élections du 6 décembre en suspens
La junte avait fixé au 6 décembre 2026 l’organisation d’élections présidentielle et législatives censées rétablir l’ordre constitutionnel. Mais la Commission nationale électorale a déclaré la semaine dernière que les conditions n’étaient pas réunies pour tenir ce scrutin, selon l’AFP. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a, de son côté, appelé au dialogue face à ce processus bloqué. Avant cette annonce, Umaro Sissoco Embaló avait indiqué à l’AFP son intention de se présenter de nouveau à la présidentielle.
À moins de deux mois de l’échéance théorique, la Guinée-Bissau se retrouve donc face à une double incertitude : celle du calendrier électoral et celle de l’équilibre des forces au sein de l’armée, dans un pays dont l’histoire politique est jalonnée de coups d’État et de tentatives de putsch.
Sources : Africanews / AFP ; Exclusif ; allAfrica ; Le360 Afrique ; Impact.sn.
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