La Chronique Du Bantu — Souveraineté sur papier, dépendance sur le terrain
Deux nouvelles, en apparence sans lien, sont tombées ces dernières semaines sur le Tchad. La première : N’Djamena a notifié son retrait du Statut de Rome, revendiquant haut et fort sa souveraineté face à une Cour pénale internationale jugée sélective envers l’Afrique. La seconde, plus discrète : sur le corridor routier qui relie Douala à N’Djamena, les tracasseries s’accumulent, les postes de contrôle se comptent par dizaines, et les transporteurs camerounais peinent toujours à faire circuler librement leurs marchandises vers le voisin tchadien.
Mises côte à côte, ces deux actualités racontent quelque chose d’important sur l’état de la souveraineté africaine en 2026 : on peut revendiquer haut et fort son indépendance vis-à-vis des institutions internationales, tout en restant profondément dépendant, au quotidien, d’un port étranger et d’un corridor routier semé d’embûches pour simplement faire vivre son économie.
La souveraineté qui se dit, la dépendance qui se vit
Il y a quelque chose d’à la fois légitime et paradoxal dans la posture tchadienne. Légitime, parce que la critique d’une justice internationale à géométrie variable — neuf enquêtes sur treize concernant des pays africains depuis la création de la CPI — n’est pas infondée, et plusieurs voix sérieuses sur le continent la portent depuis des années. Paradoxal, parce que cette même souveraineté revendiquée sur le plan judiciaire ne trouve pas d’équivalent sur le plan logistique : le Tchad reste, encore et toujours, l’otage géographique de ses voisins côtiers pour importer et exporter l’essentiel de ce dont son économie a besoin.
Ce n’est pas propre au Tchad. C’est le lot de la majorité des pays enclavés d’Afrique centrale et de l’Ouest : la souveraineté politique avance parfois plus vite que l’indépendance économique et logistique, qui elle, se construit lentement, corridor par corridor, poste de contrôle après poste de contrôle.
Ce que ça devrait nous apprendre
On célèbre souvent, à raison, les gestes de souveraineté politique sur le continent. On parle beaucoup moins des chantiers plus ingrats mais tout aussi déterminants pour l’autonomie réelle des nations : la modernisation des corridors, la simplification des formalités douanières, l’harmonisation des règles de transport en zone CEMAC. Ce sont pourtant ces chantiers-là qui, à terme, donneront un contenu concret à la souveraineté que l’on proclame par ailleurs sur la scène diplomatique.
Se retirer d’une cour internationale est un acte fort et rapide. Désenclaver un pays, fluidifier un corridor, faire tomber trente postes de contrôle à zéro, ça prend des années — et beaucoup moins de caméras braquées dessus. C’est peut-être justement pour ça que ça mérite qu’on en parle davantage.
Chronique d’opinion — La Chronique Du Bantu, Kompas Actu.
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