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Ports africains : à Casablanca, le patron des ports nigérians alerte sur la menace des cyberattaques

Abubakar Dantsoho, directeur général de l’Autorité portuaire du Nigeria (NPA), a mis en garde mardi 20 octobre, à l’African Ports Conference de Casablanca (Maroc), contre la menace croissante des cyberattaques sur les ports africains. Selon lui, une intrusion informatique peut aujourd’hui paralyser un terminal, désorganiser le commerce extérieur et fragiliser des économies entières.

Une alerte venue d’un acteur clé de la région

Le message pèse d’autant plus lourd que son auteur cumule plusieurs casquettes : outre la direction de la NPA, Abubakar Dantsoho préside l’Association de gestion des ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AGPAOC, PMAWCA en anglais) et occupe la vice-présidence de la branche africaine de l’Association internationale des ports (IAPH). Devant ses pairs, il a souligné que plus les ports adoptent le numérique et l’intelligence artificielle, plus leur surface d’exposition aux pirates informatiques s’élargit.

Pour illustrer le risque, il a rappelé un précédent qui a marqué le continent : en juillet 2021, une cyberattaque contre l’opérateur sud-africain Transnet avait contraint ses terminaux à conteneurs à déclarer la force majeure. Il a également cité les incidents de 2023 qui ont perturbé pendant plusieurs jours le port japonais de Nagoya et des terminaux de DP World en Australie.

Les recommandations : traiter la cybersécurité comme la sûreté portuaire

Le dirigeant nigérian plaide pour que la sécurité informatique soit intégrée à la sûreté portuaire au même titre que les exigences du code ISPS et de l’Organisation maritime internationale. Parmi les mesures avancées :

  • séparer les systèmes opérationnels (grues, portiques, gestion des quais) des réseaux administratifs ;
  • imposer des normes de sécurité aux partenaires connectés aux systèmes du port ;
  • tester régulièrement les sauvegardes et les plans de reprise après incident ;
  • former le personnel à repérer et signaler les menaces.

Il a aussi appelé les ports de la région à partager leurs renseignements sur les menaces, à adopter des standards communs de données et à fixer des règles claires sur la propriété, l’accès et la protection des données portuaires, en évitant la dépendance à un fournisseur unique.

Le Nigeria met en avant sa propre modernisation

Abubakar Dantsoho a profité de la tribune pour présenter les avancées nigérianes. Le guichet unique national et une version bêta du système communautaire portuaire sont entrés en service cette année. Le système d’appel des camions Eto a contribué à réduire les embouteillages sur les corridors d’accès aux ports de Lagos, longtemps synonymes de files interminables.

Les chiffres cités vont dans le même sens : le trafic portuaire du Nigeria a progressé de 24,8 % en 2025, à 129,3 millions de tonnes. Dans l’indice de performance des ports à conteneurs de la Banque mondiale publié en juin 2026, Tin Can Island figure au 10e rang et Apapa au 12e rang des ports ayant le plus progressé dans le monde. La NPA conduit par ailleurs un programme de modernisation d’un milliard de dollars pour ces deux ports de Lagos, dans lequel la cybersécurité doit être intégrée dès la conception.

L’IA, oui, mais avec des objectifs mesurables

Sur l’intelligence artificielle, le patron de la NPA a cité plusieurs usages prometteurs : prévision des arrivées de navires, planification des quais, prise de rendez-vous des camions, sécurisation des recettes et maintenance prédictive des équipements. Mais il a insisté sur la nécessité de fixer des objectifs précis et mesurables avant tout déploiement à grande échelle.

Pour la suite, il propose la création, au sein de l’AGPAOC, d’un groupe de travail sur l’IA et la gouvernance des données, dont les premiers résultats seraient présentés lors du prochain conseil annuel de l’association, à Sipopo, près de Malabo (Guinée équatoriale). La NPA a déjà élaboré un cadre d’évaluation comparative avec le port d’Anvers-Bruges. Un enjeu de taille pour les ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui accueillent des navires de plus en plus grands et dont les systèmes deviennent, de fait, des infrastructures critiques.

Sources : Daily Nigerian ; The Sun Nigeria ; The Loadstar.

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