Mozambique : 4,2 milliards de dollars d’intentions d’investissement pour transformer graphite, cuivre et pierres précieuses sur place
Le gouvernement mozambicain a signé mardi 20 octobre, à Nacala (province de Nampula), onze protocoles d’accord portant sur des projets de transformation locale de minerais, pour un montant d’investissements envisagé de 4,2 milliards de dollars. Les signatures, annoncées par la présidence, ont eu lieu en marge de la Conférence annuelle sur la valorisation des minerais et le développement (CAVAME-d 2026).
Graphite, cuivre, quartz, gemmes : une large palette de projets
Les accords, pilotés par le ministère des Ressources minérales et de l’Énergie (MIREME), couvrent plusieurs maillons de la chaîne de valeur et plusieurs provinces : Nampula, Manica, Tete et la province de Maputo. Selon l’agence AIM, reprise par Club of Mozambique, on y trouve notamment :
- une usine de graphite sphérique à Nacala-a-Velha, portée par Nacala Resources ;
- une unité de traitement du cuivre à Moatize (Tete), par Chiteng Mining ;
- des ateliers de taille et de polissage de pierres précieuses, dans le Manica (Auromoz) et dans la région de Nampula (Sandare Resources) ;
- une usine de sable siliceux destiné à la verrerie à Marracuene (Nova Investimentos) ;
- quatre usines de graphite, titane, zircon et hafnium dans la région de Nacala, portées par le groupe chinois Zhijiang Sanning Energy ;
- des projets liés au quartz industriel, aux minerais dits « 3T » (étain, tantale, tungstène), au charbon et au fer.
La zone de Nacala, avec son port en eau profonde et son corridor ferroviaire, se taille la part du lion. Le gestionnaire du parc industriel local, Nacala Park Management, a à lui seul signé pour quatre usines de transformation et de matériaux avancés le long du corridor.
Des intentions, pas encore des chantiers
Le chiffre de 4,2 milliards de dollars doit toutefois être lu avec prudence. Un protocole d’accord n’est pas un contrat d’investissement : il fixe un cadre et une intention, sans garantir que les financements seront bouclés ni que les usines sortiront de terre. Les médias mozambicains le soulignent eux-mêmes, rappelant que ces signatures ne signifient pas que les projets sont entrés en phase d’exécution. Aucun calendrier de construction n’a été rendu public.
L’objectif affiché par les autorités est clair : créer des emplois, accroître le poids de l’industrie dans l’économie nationale et réduire la dépendance aux importations, dans un pays dont le sous-sol est riche mais dont les minerais partent majoritairement à l’état brut.
Un cadre légal qui pousse à transformer localement
Ces signatures s’inscrivent dans un durcissement réglementaire. Le 3 juin 2026, le Mozambique a promulgué trois textes encadrant les secteurs minier et pétrolier ainsi que le contenu local. Ils prévoient une participation minimale de l’État de 15 % dans les projets miniers et restreignent l’exportation de minerais bruts ou semi-transformés, sauf autorisation ministérielle exceptionnelle, notamment pour des projets de transformation locale. Le président Daniel Chapo a, par ailleurs, évoqué une participation publique de 20 % via une nouvelle société d’État.
Une tendance régionale de fond
Maputo n’est pas isolé. Le Zimbabwe a renforcé les restrictions sur l’exportation du lithium brut, la Namibie limite celle de certains minerais critiques non transformés, et le président ghanéen John Mahama a fixé cette semaine l’objectif de mettre fin aux exportations de bauxite, manganèse, fer, lithium et alumine brutes d’ici à 2030. Partout, le défi est le même : disposer d’une électricité fiable, d’infrastructures, de main-d’œuvre qualifiée et de capitaux pour que la promesse de l’industrialisation ne reste pas sur le papier.
Pour le Mozambique, dont le graphite est convoité par l’industrie des batteries, l’enjeu est de capter une partie de la valeur ajoutée aujourd’hui réalisée à l’étranger. Les prochains mois diront combien de ces onze protocoles se transformeront en usines.
Sources : Agence Ecofin ; AIM / allAfrica ; Club of Mozambique ; OkayAfrica.
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