Chronique : Macron annule Dakar et Abuja, la relation France-Afrique cherche toujours son nouveau souffle
« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux. » — Ecclésiaste 3:1 (traduction Louis Segond).
Emmanuel Macron ne se rendra finalement pas au Nigeria et au Sénégal à la fin du mois. Selon Jeune Afrique, dont l’information a été reprise jeudi 23 octobre par la presse sénégalaise, le président français a annulé cette tournée, qui devait le mener à Abuja puis à Dakar les 30 et 31 octobre, en raison de la contestation sociale qui secoue la France. Au-delà du contretemps diplomatique, l’épisode dit beaucoup d’une relation franco-africaine qui cherche encore son nouveau mode d’emploi.
Une visite qui devait marquer une étape
L’étape de Dakar aurait été la première visite officielle de Macron au Sénégal depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024. Les préparatifs étaient, selon la presse, bien avancés, même si l’Élysée n’avait jamais officiellement annoncé le déplacement et que le programme restait à finaliser. Le calendrier n’était pas anodin : quelques jours avant l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, premier événement olympique organisé sur le sol africain.
À Paris, la priorité est désormais intérieure. Vendredi, les autorités françaises annonçaient le déploiement d’environ 70 000 policiers et gendarmes pour encadrer les manifestations contre la vie chère prévues ce samedi 24 octobre, après une semaine précédente marquée par des violences. Plusieurs grands musées parisiens, dont le Louvre et Orsay, devaient rester fermés.
La fin d’un cycle militaire
Ce rendez-vous manqué intervient alors que la carte de la présence française en Afrique a été profondément redessinée. Contrainte de quitter le Mali, le Burkina Faso et le Niger après les coups d’État, l’armée française a ensuite fermé sa base au Tchad en janvier 2025 et celle de Côte d’Ivoire en février 2025. Au Sénégal, le retrait engagé en mars 2025 s’est achevé le 17 juillet 2025 avec la rétrocession du camp Geille à Dakar, dernière base française en Afrique de l’Ouest et du Centre, après environ 65 ans de présence.
Ce départ s’est fait à la demande de Dakar, qui revendique une diplomatie souveraine et diversifiée. Le nouveau pouvoir sénégalais n’a pas rompu avec Paris, mais il a fixé les règles : des partenariats équilibrés, sans tutelle, et ouverts à d’autres puissances.
Le pari nigérian et anglophone
Le choix d’associer le Nigeria à cette tournée n’était pas un hasard. Depuis plusieurs années, Paris cherche à élargir sa relation africaine au-delà de son ancien pré carré francophone, vers les géants anglophones et lusophones, plus peuplés et moins chargés du poids de l’histoire coloniale française. L’annulation retarde ce rééquilibrage, au moment où la Chine, la Turquie, les monarchies du Golfe ou la Russie multiplient les offres.
Un temps pour se taire, un temps pour reconstruire
Faut-il y voir un désamour ? Pas nécessairement. Aucune réaction officielle n’a été enregistrée à Dakar ou à Abuja, et rien n’indique pour l’heure qu’une nouvelle date ait été fixée. Mais le signal est là : la France n’est plus l’interlocuteur inévitable, et son agenda africain dépend désormais aussi de ses fragilités internes.
Pour les capitales africaines, ce moment peut être une opportunité : celle d’aborder la prochaine rencontre avec leurs propres priorités, qu’il s’agisse d’investissements, de mobilité des étudiants et des entrepreneurs, de restitution du patrimoine ou de coopération sécuritaire choisie. Comme le rappelle l’Ecclésiaste, il y a un temps pour chaque chose. Le temps des visites protocolaires semble passé ; celui d’une relation adulte reste à écrire, et il ne se décrétera pas depuis Paris.
Sources : Jeune Afrique, Senegal Direct, Sunugal24, Africanews, AllAfrica, Bible Louis Segond.
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