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Mer Rouge : Pékin et Djibouti réclament la liberté de navigation à Bab el-Mandeb, verrou du commerce afro-asiatique

La Chine et Djibouti ont publié jeudi 22 octobre à Pékin une déclaration commune exigeant la liberté de navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb et la sécurité du trafic en mer Rouge et dans le golfe d’Aden. Le texte, adopté après l’entretien entre le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et son homologue djiboutien Abdoulkader Houssein Omar, intervient alors que les rebelles houthis contrôlent depuis septembre la quasi-totalité du littoral yéménite de la mer Rouge, à une vingtaine de kilomètres des côtes africaines.

Ce que disent Pékin et Djibouti

Dans leur déclaration, les deux pays affirment que les navires marchands de toutes nationalités doivent pouvoir exercer leurs droits de navigation conformément au droit international. La Chine dit soutenir les États riverains de la mer Rouge dans la sécurisation des voies maritimes. Les deux parties se disent aussi « gravement préoccupées » par la résurgence de la piraterie dans le golfe d’Aden et en mer Rouge et appellent à renforcer la coopération dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

Wang Yi a estimé que le conflit au Moyen-Orient débordait désormais sur la Corne de l’Afrique, créant de nouvelles menaces pour la sécurité des routes maritimes. Pékin et Djibouti ont également signé un protocole d’accord dans le cadre de l’Initiative pour la sécurité mondiale chinoise, dont le contenu n’a pas été dévoilé, et réaffirmé leur soutien à l’intégrité territoriale de la Somalie, en s’opposant à toute reconnaissance extérieure du Somaliland.

Un détroit sous contrôle houthi

L’enjeu est considérable. Le détroit de Bab el-Mandeb voit passer environ 12 % du commerce mondial, dont près de 11 % du pétrole transporté par mer et 8 % du gaz naturel liquéfié. Mi-septembre, les Houthis se sont emparés de la ville portuaire de Moka et de l’île stratégique de Perim (Mayyun), achevant la prise du littoral yéménite de la mer Rouge et s’assurant, de fait, le contrôle de la rive asiatique du détroit.

Selon les données du programme PortWatch du FMI citées par Al Jazeera, les volumes de fret en mer Rouge avaient déjà chuté de 50 à 55 % entre 2023 et 2025 lors de la première vague d’attaques houthies. De nombreux armateurs continuent de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, ce qui rallonge les trajets de plus de vingt jours et renchérit le fret. L’Égypte, privée d’une grande partie des recettes du canal de Suez, a perdu environ 7 milliards de dollars en 2023-2024.

Djibouti, hub logistique sous pression

Pour Djibouti, dont l’économie repose sur ses ports et sur le corridor qui alimente l’Éthiopie, la stabilité du détroit est vitale. Wang Yi a d’ailleurs mis en avant le chemin de fer Addis-Abeba–Djibouti et l’accès sans droits de douane au marché chinois comme des atouts pour faire du petit État un pôle régional du commerce et de la logistique, et il a encouragé les entreprises chinoises à y investir. La Chine dispose à Djibouti de sa seule base militaire à l’étranger et d’importants intérêts portuaires.

La pression est aussi humanitaire : l’Organisation internationale pour les migrations a signalé en septembre l’arrivée de plus de 2 000 personnes fuyant le Yémen en 24 heures, notamment à Obock, au nord du pays.

Quelles conséquences pour les ports africains ?

La déclaration sino-djiboutienne ne change pas, à elle seule, la réalité sur l’eau. Mais elle signale que Pékin, premier partenaire commercial du continent, entend peser davantage sur la sécurité de cette artère. Pour les importateurs et exportateurs africains, de Mombasa à Port-Soudan en passant par Berbera, la durée de la crise déterminera le niveau des taux de fret, des primes d’assurance et des délais. Le contournement par le cap profite en revanche aux ports d’Afrique australe et de l’Ouest, déjà confrontés à de fortes congestions. La visite du ministre djiboutien en Chine s’achève ce samedi 24 octobre.

Sources : Dawan Africa, Reuters via US News, Al Jazeera, AllAfrica / revue de presse RFI.

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