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Politique

Sénégal : le Pastef de Sonko bloque en commission le budget rectificatif 2026 de Diomaye Faye et pose ses conditions

Le bras de fer entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s’est déplacé sur le terrain budgétaire. Dans un communiqué publié vendredi 23 octobre, le groupe parlementaire majoritaire Pastef-Les Patriotes a annoncé son refus d’adopter « en l’état » le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, au terme de deux jours d’examen en commission des Finances et du Contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale. Le groupe pose cinq conditions au gouvernement avant la séance plénière.

Cinq exigences pour débloquer le texte

Le Pastef assure ne pas contester la nécessité de réviser le budget face aux nouvelles contraintes économiques, mais dénonce des désaccords sur les priorités, les modes de financement et l’insuffisance des garanties offertes au Parlement. Ses demandes portent sur :

  • la préservation des investissements publics et des priorités sociales (santé, éducation, formation professionnelle, hydraulique, infrastructures, industrie) et la révision des coupes envisagées ;
  • la protection du pouvoir d’achat : toute baisse des subventions énergétiques devrait s’accompagner d’une baisse de la fiscalité pétrolière et du coût de l’électricité, sans hausse des prix ;
  • la transparence sur les 120 milliards de FCFA du Projet autonome de réponse d’urgence contingente (CERP), y compris les accords conclus avec la Banque mondiale ;
  • la réduction du train de vie de l’État, avec la suppression de 19 entités parapubliques pour au moins 55 milliards de FCFA d’économies nettes sur trois ans et un meilleur contrôle des fonds spéciaux ;
  • des garanties de sincérité budgétaire : justification des déficits projetés pour 2026 et 2027 et publication des audits de l’Inspection générale des finances sur la dette non financière et du cabinet Forvis Mazars.

Le groupe se dit ouvert au dialogue avec l’exécutif d’ici à la plénière, dont la date n’a pas été précisée.

Un duel au sommet depuis mai

Ce blocage s’inscrit dans la rupture ouverte en mai 2026, lorsque Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko. Ce dernier, chef du Pastef, est depuis devenu président de l’Assemblée nationale, où son parti dispose de la majorité. Le gouvernement est désormais dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô. Le 19 octobre, lors d’une conférence de presse, Sonko avait déjà mis en garde contre une soumission aux exigences du Fonds monétaire international.

L’enjeu dépasse donc la technique budgétaire. Le 1er septembre, Dakar a conclu avec le FMI un accord au niveau des services pour une facilité élargie de crédit de 36 mois, d’environ 2,2 milliards de dollars (1 243 milliards de FCFA). Cet accord doit encore être approuvé par le conseil d’administration du Fonds, après des mesures correctrices liées à l’affaire des données erronées sur la dette publique. La rationalisation des dépenses et des subventions fait partie des engagements attendus.

Un climat social et politique tendu

Le bras de fer intervient dans un contexte déjà chargé : grande grève générale de 72 heures cette semaine, report de fait des élections locales prévues en janvier 2027 faute de décret de convocation, et divergences ouvertes sur la politique étrangère. Dans l’opposition, le groupe Takku Wallu Sénégal a choisi l’abstention en commission en critiquant à la fois la gestion du président et celle de l’ancien Premier ministre.

Les scénarios possibles

Trois issues se dessinent : un compromis de dernière minute entre le gouvernement et la majorité, un rejet en plénière qui priverait l’exécutif de son budget rectifié et compliquerait le programme avec le FMI, ou une escalade institutionnelle, certains observateurs évoquant déjà l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée. Dans tous les cas, les marchés et les bailleurs observeront de près la capacité du Sénégal à sortir de cette impasse, alors que sa dette reste sous surveillance.

Sources : Le Soleil, Seneweb, SenePlus, Fraternité Matin, France 24, Invest-Time, Sunugal24.

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