Dette du Sénégal : les banques créancières s’arment de Houlihan Lokey, la restructuration entre dans le dur
Le comité des banques créancières du Sénégal a retenu la banque d’affaires américaine Houlihan Lokey comme conseiller financier, a révélé l’agence Reuters vendredi 23 octobre, en s’appuyant sur quatre sources. C’est la première étape visible des négociations sur la restructuration de la dette sénégalaise, un dossier dont dépend le déblocage d’un programme du FMI d’environ 2,2 milliards de dollars.
Les créanciers s’organisent
Selon une présentation adressée aux créanciers et citée par Reuters, le gouvernement a rencontré les banques prêteuses le 25 septembre. C’est à la suite de cette réunion que celles-ci ont constitué un comité, lequel s’est donc doté d’un conseil spécialisé dans les restructurations. Ni les autorités sénégalaises ni Houlihan Lokey n’ont commenté officiellement ce choix. La presse sénégalaise évoque l’objectif d’un accord de principe avec les banques d’ici décembre.
Le choix du Cadre commun « renforcé »
Dakar a annoncé le mois dernier vouloir rétablir la soutenabilité de sa dette dans le cadre du Cadre commun du G20, dans une version dite « renforcée » que les autorités espèrent plus rapide que les précédents traitements (Zambie, Ghana, Éthiopie). Selon le plan du gouvernement, la dette libellée en francs CFA et détenue dans la région serait exclue de l’exercice, afin de préserver le système financier de l’UEMOA. Les créanciers extérieurs se sont réunis le 6 octobre en présence du FMI, et Washington a fait savoir qu’il souhaitait une restructuration achevée en moins d’un an, selon l’Agence Ecofin.
Le FMI attend deux conditions
Un accord technique a été conclu avec le Fonds le 1er septembre pour une Facilité élargie de crédit d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois (2026-2029). Mais le conseil d’administration du FMI n’a pas encore fixé de date d’examen. Deux conditions restent à remplir : des mesures correctives sur les données de dette mal déclarées par le passé, et des assurances de financement de la part des créanciers. C’est précisément ce second point que les négociations avec les banques doivent permettre de lever.
Des finances publiques sous tension
La dette publique sénégalaise est estimée à 132 % du PIB à fin 2024, après la révélation d’engagements non déclarés sous le régime précédent. Le déficit budgétaire, qui atteignait 13,4 % du PIB en 2024, a été ramené à 6,4 % en 2025. Mais la croissance devrait chuter à 2,7 % en 2026, contre 6,7 % en 2025, ce qui réduit les marges de manœuvre.
Le calendrier politique ajoute à l’incertitude. Mardi 27 octobre, l’Assemblée nationale doit se prononcer en séance plénière sur la loi de finances rectificative 2026, déjà rejetée en commission par la majorité Pastef. Un échec en plénière compliquerait la gestion de la dette et pourrait peser sur la confiance des créanciers au moment où les discussions s’engagent.
Ce qui va suivre
Avec un conseil désormais en place côté bancaire, les prochaines semaines devraient être consacrées à l’analyse de la viabilité de la dette et aux premières propositions de traitement. Pour les Sénégalais, l’enjeu est concret : sans accord avec les créanciers ni programme du FMI, le financement des dépenses publiques restera sous forte contrainte en 2027.
Sources : Reuters via Boursorama ; SenePlus ; Points Chauds ; Agence Ecofin ; Impact.sn ; allAfrica (TRT Afrika).
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