Portrait : William Elong, le Camerounais qui a fait décoller les premiers drones « made in Cameroun »
Il n’a pas encore la notoriété d’un Aliko Dangote ou d’un Johann Rupert, mais son parcours mérite qu’on s’y attarde. William Ndja Elong, entrepreneur camerounais né en 1993, est à l’origine du premier atelier de fabrication de drones civils du Cameroun, une aventure industrielle lancée depuis Douala et qui a fini par attirer des investisseurs jusqu’en Allemagne.
Un parcours scolaire hors norme
Tout, chez William Elong, commence par une trajectoire académique précoce. Bachelier à quinze ans, il obtient ensuite un double diplôme de la Haute école de commerce de Yaoundé et de l’École supérieure de commerce de La Rochelle à dix-huit ans, avant de devenir, à vingt ans, le plus jeune diplômé en stratégie et intelligence économique de l’École de guerre économique de Paris. Un cursus qui l’amène d’abord à travailler pour de grands groupes de défense et de conseil, avant de se tourner vers l’entrepreneuriat.
De Will&Brothers à Drone Africa
En 2014, il fonde Will&Brothers, une start-up de conseil en intelligence économique et innovation technologique. Un an plus tard, il lance Drone Africa, une plateforme de services de drones destinée à l’agriculture, au tourisme, à la cartographie, à la météorologie et à la sécurité. L’ambition dépasse le simple service : William Elong veut assembler ses propres appareils au Cameroun, avec des composants importés, plutôt que de se contenter d’importer des drones déjà construits.
En février 2018, son équipe d’une vingtaine de personnes présente au public les premiers drones réellement assemblés au Cameroun : Algo, un modèle à voilure fixe capable de parcourir 20 kilomètres avec 45 minutes d’autonomie, Logarithm, un hexacoptère, et Sanaga, un drone terrestre. Les logiciels, capteurs et le design sont conçus localement par les équipes camerounaises, un point sur lequel l’entrepreneur insiste régulièrement pour valoriser le savoir-faire technique du pays.
Lever des fonds depuis Douala
Convaincre des investisseurs de financer une industrie de pointe depuis l’Afrique centrale n’a rien d’évident. William Elong y parvient pourtant à plusieurs reprises : une première levée de fonds de 184 millions de francs CFA en 2015, puis une seconde, plus importante, de deux millions d’euros auprès d’investisseurs allemands et d’un bailleur institutionnel. En 2019, il structure son activité autour d’Algo Drone Holding, une société holding basée en Allemagne, marquant une étape dans l’internationalisation de son projet.
Au-delà de la seule vente de matériel, l’entrepreneur a formé plusieurs dizaines de télépilotes à travers l’Afrique centrale, notamment au Cameroun et au Congo, participant ainsi à la diffusion des compétences liées à cette filière naissante sur le continent. Une phase pilote a également été menée avec le PNUD pour utiliser ses drones dans la détection de maladies affectant les plantations de cacao.
Un symbole plus qu’une entreprise
Repéré par le magazine Forbes parmi les jeunes entrepreneurs africains les plus prometteurs, William Elong reste pourtant peu connu du grand public, loin des projecteurs réservés aux ténors de l’industrie ou de la finance continentale. Son parcours illustre pourtant une réalité essentielle de l’entrepreneuriat technologique africain : il est possible de concevoir, fabriquer et faire financer une industrie de pointe depuis le continent, sans attendre que la technologie vienne uniquement de l’extérieur.
Pour un secteur logistique et sécuritaire africain en pleine mutation, entre surveillance des frontières, agriculture de précision et cartographie des infrastructures, l’histoire de William Elong rappelle qu’une partie des solutions de demain pourrait bien continuer à sortir des ateliers de Douala plutôt que des laboratoires étrangers.
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