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La Chronique Du Bantu

La Chronique du Bantu — Ebola en RDC : le silence continental face à la panne logistique

Virus Ebola en microscopie électronique

Plus de 2 500 morts, un taux de létalité proche de 48 %, 56 zones de santé touchées sur six provinces : les chiffres de l’épidémie d’Ebola en cours en République démocratique du Congo devraient, à eux seuls, mobiliser l’ensemble du continent. Ils suscitent pourtant, en dehors des cercles spécialisés, un silence relatif, à peine troublé par quelques communiqués institutionnels. Ce contraste entre la gravité de la crise et la faiblesse de la mobilisation continentale mérite d’être interrogé, car il révèle moins un problème sanitaire qu’un problème logistique et politique.

Une épidémie qui n’a rien d’imprévisible

La RDC vit avec le virus Ebola depuis 1976. En un demi-siècle, le pays a connu une quinzaine de flambées, ce qui en fait, de loin, le territoire le plus exposé au monde à cette maladie. Cette récurrence aurait dû, logiquement, se traduire par la mise en place d’une architecture logistique permanente : stocks prépositionnés d’équipements de protection individuelle, chaînes du froid pré-déployées pour les vaccins, corps d’intervention rapide formés et immédiatement mobilisables. Au lieu de cela, chaque nouvelle épidémie semble redémarrer la réponse depuis zéro, avec les mêmes retards d’acheminement et les mêmes appels tardifs à la communauté internationale.

La dispersion actuelle de l’épidémie sur six provinces et 56 zones de santé illustre cruellement cette faille structurelle. Dans un pays grand comme l’Europe occidentale, doté d’un réseau routier notoirement défaillant, chaque kilomètre supplémentaire entre un centre de traitement et une zone rurale isolée se traduit potentiellement par des vies perdues. La logistique sanitaire, ici, n’est pas un détail technique : elle est la variable qui détermine directement le nombre de morts.

Où sont les mécanismes continentaux ?

L’Union africaine dispose, depuis la pandémie de Covid-19, d’un Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) censé précisément coordonner ce type de réponse à l’échelle continentale, y compris sur le plan logistique. Cinq ans après sa montée en puissance, force est de constater que la mobilisation autour de la crise congolaise reste largement en retrait par rapport à l’ampleur du bilan humain. Les moyens aériens, les corridors humanitaires dédiés, les capacités de production locale d’équipements de protection : sur chacun de ces points, le continent continue de dépendre presque exclusivement de partenaires extérieurs, avec les délais que cela implique.

Ce constat n’est pas une accusation portée contre tel ou tel gouvernement, mais une interpellation adressée à l’ensemble des mécanismes de solidarité continentale : tant que la réponse à une épidémie récurrente sur le sol congolais continuera de dépendre de la bonne volonté et de la rapidité de financements extérieurs, la promesse d’une Afrique capable de protéger elle-même sa population restera, pour l’essentiel, un slogan. La véritable urgence, au-delà du décompte macabre des victimes, est de sortir enfin du cycle de l’improvisation logistique pour bâtir une capacité de réponse africaine permanente, prépositionnée et immédiatement mobilisable.


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