Afrique du Sud : nouvelle flambée de violence anti-migrants à Durban

Les tensions autour de l’immigration irrégulière ont connu un nouveau pic en Afrique du Sud. Une manifestation dirigée contre des migrants sans papiers a dégénéré, jeudi 3 septembre, à Durban, dans l’est du pays, faisant plusieurs blessés et provoquant l’intervention des forces de l’ordre. Selon la police, près d’une centaine de militants opposés à l’immigration illégale ont pris part à une marche présentée comme une « opération de nettoyage », visant un campement installé depuis treize semaines devant un bâtiment du ministère de l’Intérieur, rue Che Guevara.
Un campement de réfugiés pris pour cible
Le site héberge plusieurs centaines de ressortissants étrangers, en grande majorité originaires de la République démocratique du Congo, dont certains disposent pourtant de documents de séjour en règle. Ces familles affirment avoir fui leurs quartiers depuis plusieurs mois, après une recrudescence des menaces et violences xénophobes. Un ressortissant étranger a été interpellé après qu’une pierre lancée durant les échauffourées a atteint un policier ; un responsable communautaire a fait état de plusieurs blessés parmi les Congolais présents sur place.
Cette flambée n’est pas un fait isolé. Depuis plusieurs semaines, le mouvement « March and March » organise des rassemblements hebdomadaires à Durban, ville portuaire abritant le plus grand port d’Afrique, réclamant le départ des étrangers en situation irrégulière. Ces actions s’inscrivent dans un climat déjà lourd : la ville a connu, ces dernières semaines, plusieurs épisodes de violence ayant fait des morts parmi les ressortissants étrangers et poussé des milliers de personnes à quitter précipitamment le pays.
Une fracture sociale récurrente
L’Afrique du Sud a déjà connu, en 2008, 2015 puis 2019, des vagues de violences xénophobes meurtrières visant des ressortissants d’autres pays africains, souvent accusés à tort de capter emplois et ressources publiques dans un contexte de chômage structurel élevé. La récurrence de ces épisodes interroge sur la capacité de l’État sud-africain à contenir des mouvements qui prospèrent sur la précarité économique et le ressentiment social, plutôt que sur des données migratoires vérifiées.
Sur le plan diplomatique, cette nouvelle crise met une pression supplémentaire sur les relations entre Pretoria et Kinshasa, alors que la communauté congolaise constitue une part importante des personnes visées. Elle relance aussi le débat, à l’échelle continentale, sur la mise en œuvre effective des protocoles de libre circulation prévus par la Zone de libre-échange continentale africaine, qui restent largement lettre morte face aux réalités du terrain.
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