Uber quitte le Nigeria et l’Ouganda après douze ans : la fin d’un pari africain

Uber a annoncé, mercredi 2 septembre, l’arrêt immédiat de ses activités au Nigeria et en Ouganda, dans le cadre d’une restructuration mondiale prévoyant la suppression d’environ 3 300 emplois, soit près de 10 % de ses effectifs. Il s’agit de la coupe la plus importante subie par le groupe depuis la pandémie de Covid-19, et d’un tournant pour le marché africain de la mobilité à la demande.
Douze ans de présence effacés en une journée
Lancé à Lagos en 2014, Uber avait fait du Nigeria, pays le plus peuplé et troisième économie du continent, l’une de ses vitrines africaines. Douze ans plus tard, l’application a cessé de fonctionner dès l’annonce, laissant chauffeurs et usagers sans préavis réel. Un centre d’assistance reste disponible jusqu’au 23 septembre pour traiter les dernières réclamations. En Ouganda, où le service opérait depuis 2016 à Kampala, l’arrêt met fin à près d’une décennie d’activité.
Le groupe américain affirme que cette décision se limite strictement à ces deux marchés et ne remet pas en cause ses opérations ailleurs sur le continent, où il affirme rester « profondément engagé ». Il ne reste toutefois plus qu’à quatre marchés africains actifs : l’Égypte, le Ghana, le Kenya et l’Afrique du Sud, après des retraits antérieurs de Côte d’Ivoire (2025) et de Tanzanie (début 2026). La présence d’Uber sur le continent s’est ainsi réduite de moitié en moins de deux ans.
Le robotaxi plutôt que le tuk-tuk lagosien
Cette réorientation stratégique s’explique par un pari assumé sur la conduite autonome : Uber a engagé plus de 10 milliards de dollars dans des partenariats de robotaxis avec Avride, Lucid, Nuro et Rivian, des activités qui exigent des villes denses à fort pouvoir d’achat, un profil qui ne correspond ni à Lagos, ni à Abuja, ni à Kampala. Localement, le retrait intervient aussi alors que les chauffeurs nigérians dénoncent depuis des mois la hausse vertigineuse du prix du carburant et des commissions jugées trop élevées par la plateforme.
Pour l’écosystème africain de la mobilité, ce retrait ouvre un espace que des plateformes locales et régionales, à l’image de Bolt ou d’opérateurs nigérians émergents, chercheront à occuper. Il illustre surtout une leçon désormais bien connue des entrepreneurs du continent : la dépendance à des géants technologiques étrangers, aussi installés paraissent-ils, reste fragile face à des arbitrages de capital décidés à des milliers de kilomètres des réalités locales.
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