DE CONAKRY À YAOUNDÉ : LE POUVOIR AFRICAIN À L’ÉPREUVE DU TEMPS LONG
Deux images, la même semaine. À Conakry, Mamadi Doumbouya célèbre cinq ans d’un pouvoir pris par les armes et prolongé par les urnes. À Yaoundé, Maurice Kamto, figure de l’opposition camerounaise depuis plus d’une décennie, annonce sa démission du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Deux trajectoires opposées — l’une qui s’installe, l’autre qui se retire — mais qui disent, chacune à leur façon, quelque chose du temps politique africain.
Le pouvoir, sur ce continent, a appris à durer. Il se transforme, se légitime par l’élection quand il le faut, s’adosse à une rente minière ou pétrolière quand il le peut, et sait absorber les critiques sans jamais vraiment y répondre. L’opposition, elle, use ses figures autrement : à force de lutter contre l’usure du temps, contre des scrutins contestés et des espaces publics verrouillés, certains de ses acteurs les plus endurants finissent par se retirer — non par défaite électorale, mais par épuisement du modèle même de la contestation.
C’est peut-être là le vrai déséquilibre à observer sur la période actuelle : d’un côté des pouvoirs qui apprennent à s’institutionnaliser sur des durées de plus en plus longues, de l’autre des oppositions qui peinent à se renouveler au même rythme. Entre les deux, des sociétés civiles qui continuent, malgré tout, de réclamer des comptes — sur les libertés en Guinée, sur la gouvernance de l’opposition au Cameroun — et qui restent, in fine, le véritable baromètre de la vitalité démocratique du continent.
Chronique d’opinion — La Chronique du Bantu.
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