Dette africaine : le FMI et la Banque mondiale refondent leur grille d’analyse
Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale vont profondément remanier l’outil qui sert à évaluer la soutenabilité de la dette des pays à faible revenu. Approuvée le 15 septembre par le Conseil d’administration de la Banque mondiale, la réforme du cadre de viabilité de la dette (DSF) doit entrer en vigueur au second semestre 2027.
La dette intérieure enfin prise en compte
Le cadre actuel date de 2017. Depuis, le paysage de la dette publique a changé : de nombreux États africains empruntent davantage sur leurs marchés locaux, via les banques et les marchés régionaux de titres publics. La principale innovation consiste donc à ajouter un module consacré à la dette intérieure. Il doit permettre de mieux mesurer les risques liés aux liens entre finances publiques et système bancaire. Quand l’État absorbe une large part de l’épargne bancaire, le crédit au secteur privé se raréfie et le risque souverain contamine plus facilement les banques.
Mesurer aussi les besoins d’investissement
Deuxième nouveauté : un module dédié aux besoins de développement à long terme. L’objectif est d’évaluer la marge budgétaire disponible pour financer les infrastructures, l’éducation, la santé ou l’adaptation climatique, en tenant compte des retombées de ces investissements sur la croissance. Autrement dit, sortir d’une lecture purement comptable de la dette pour juger de la capacité d’un pays à emprunter afin d’investir. La réforme prévoit aussi de revoir certains seuils, de renforcer les tests de résistance et d’améliorer la transparence des données.
Un enjeu majeur pour le continent
Le sujet est loin d’être technique pour l’Afrique. Selon la Banque africaine de développement, 21 pays africains étaient en situation de surendettement ou à haut risque de surendettement en 2025, un chiffre inchangé depuis 2023. Le ratio moyen dette publique/PIB a légèrement reculé, de 63,7 % en 2024 à 62,8 % fin 2025 selon l’Institut de la finance internationale, mais cette moyenne masque de fortes disparités.
Les notations issues de ce cadre conditionnent l’accès aux financements concessionnels et pèsent sur la perception des investisseurs. De nombreux dirigeants africains réclament depuis longtemps que l’on distingue mieux une dette qui finance des investissements productifs d’une dette réellement insoutenable. La réforme va dans ce sens. Son efficacité dépendra de la manière dont elle sera appliquée.
La rédaction de Kompas Actu
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