Or ouest-africain : une raffinerie par pays, fausse bonne idée ?

L’Afrique de l’Ouest veut transformer son or sur place. Le 16 septembre, la Côte d’Ivoire a annoncé qu’une unité nationale d’affinage devrait entrer en service au premier semestre 2027. Elle rejoint une liste qui s’allonge : le Ghana a inauguré sa raffinerie en 2024, le Mali et le Burkina Faso construisent les leurs, la Guinée affiche une ambition régionale. Mais cette course soulève une question posée cette semaine par l’Agence Ecofin : la région a-t-elle vraiment besoin d’une raffinerie par pays ?
Des capacités supérieures à la production
Les chiffres interpellent. La raffinerie malienne, construite avec le groupe russe Yadran près de l’aéroport de Bamako, doit pouvoir traiter 200 tonnes par an, alors que la production industrielle du pays tournait autour de 50 tonnes en 2024. Le Burkina Faso annonce environ 150 tonnes, là aussi au-dessus de sa production industrielle. La Côte d’Ivoire vise 100 tonnes. En Guinée, la capacité annoncée dépasse 500 tonnes, pour un peu plus de 70 tonnes produites en 2025.
Le risque est évident : des usines surdimensionnées qui se disputent le même métal, tournent en sous-capacité et peinent à rentabiliser leurs investissements. D’autant que pour vendre sur les grands marchés, l’or doit être certifié, notamment par la London Bullion Market Association (LBMA), dont les exigences en matière de fonds propres, de traçabilité et de volumes sont élevées.
Une ambition légitime
L’ambition n’est pourtant pas absurde. Avec des cours de l’or à des niveaux historiques, il devient difficile d’accepter que le métal extrait localement parte à Dubaï, en Suisse ou en Inde pour sa dernière transformation. Raffiner sur place permet de connaître la teneur réelle de l’or produit, de mieux contrôler les flux, de créer des emplois qualifiés et, pour certaines banques centrales, de constituer des réserves en or. La vraie question est celle de l’échelle : une ou deux raffineries régionales performantes et certifiées auraient sans doute plus de chances de réussir qu’une demi-douzaine d’usines nationales.
Abidjan durcit le ton contre l’orpaillage illégal
En parallèle, le Conseil des ministres ivoirien du 23 septembre a adopté un projet de loi modifiant le Code pénal pour renforcer la répression de l’orpaillage illégal. Le phénomène, qui ravage les terres agricoles et les cours d’eau, alimente aussi des circuits d’exportation clandestins qui échappent à l’État. C’est là tout l’enjeu : une raffinerie n’a de sens que si l’or qui y entre est tracé. Sans contrôle de l’amont, l’aval restera fragile.
La rédaction de Kompas Actu
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