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Royaume-Uni : Londres menace d’interdire l’entrée aux Érythréens si Asmara ne reprend pas ses ressortissants expulsés

Le gouvernement britannique a menacé cette semaine d’interdire l’entrée au Royaume-Uni à tous les ressortissants érythréens si Asmara n’accepte pas davantage de retours de migrants arrivés en petites embarcations et de délinquants étrangers. Première étape, en vigueur depuis jeudi 15 octobre 2026 : les diplomates érythréens ne peuvent plus s’éloigner de plus de 60 km de Londres sans autorisation, et les visas accélérés pour les personnalités sont suspendus.

Une première salve de sanctions

La ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, accuse les autorités érythréennes d’avoir brutalement cessé de coopérer plus tôt dans l’année. Selon elle, l’Érythrée a eu toutes les occasions de reprendre ses ressortissants sans droit au séjour, mais s’y est refusée, contrairement à d’autres pays. Le Home Office présente la restriction de circulation des diplomates comme le miroir de celle imposée aux agents britanniques en poste à Asmara. La ministre a prévenu qu’elle n’hésiterait pas à frapper d’autres États récalcitrants.

Selon allAfrica, l’Érythrée a qualifié la démarche de coup politique. L’ambassade érythréenne à Londres n’avait pas répondu aux sollicitations de la presse britannique au moment de l’annonce.

Les chiffres du débat

  • Les Érythréens ont été la première nationalité parmi les arrivées en petites embarcations sur les douze mois à juin 2026, avec 18 % du total et plus de 5 800 personnes.
  • Sur la même période, seuls 7 Érythréens ont été renvoyés vers l’Érythrée, et 244 vers d’autres pays.
  • Environ 1 300 Érythréens ont obtenu un visa, surtout pour rejoindre des proches déjà installés.
  • Depuis le début de 2026, plus de 20 400 personnes ont traversé la Manche en petites embarcations, soit 40 % de moins qu’un an plus tôt.

Une mesure jugée peu efficace par les experts

Pour Madeleine Sumption, directrice du Migration Observatory de l’université d’Oxford, cibler l’Érythrée aura peu d’effet. La raison : la grande majorité des demandeurs d’asile érythréens obtiennent une protection, 84 % dès la première décision, et davantage encore après recours. Ils ne sont donc pas expulsables. Seuls environ 1 400 ont été initialement déboutés. L’experte relève que d’autres pays comptent bien plus de personnes refusées non renvoyées, comme le Pakistan ou le Bangladesh, mais qu’une interdiction de visas y aurait des conséquences commerciales et humaines beaucoup plus lourdes.

Ce taux de protection élevé s’explique par la situation en Érythrée, État à parti unique sans élection depuis l’indépendance de 1993, sans médias indépendants, où de nombreux jeunes fuient un service militaire pouvant durer des décennies.

Un levier déjà utilisé contre l’Afrique

Londres a fait des visas une arme de sa politique migratoire. Plus tôt cette année, le Royaume-Uni avait menacé l’Angola, la Namibie et la RDC de restrictions similaires. Luanda et Windhoek ont accepté des changements avant toute sanction, tandis que les restrictions imposées à la RDC ont été levées après une amélioration de la coopération. Pour la diaspora érythréenne au Royaume-Uni, la crainte porte surtout sur le regroupement familial, qui représente l’essentiel des visas accordés. Reste à savoir si Asmara, peu sensible aux pressions occidentales, cédera.

Sources : The Star (Kenya) ; allAfrica ; OkayAfrica.

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