Cameroun : près de 70 féminicides depuis janvier, la pression monte pour une loi avant la session de novembre
Près de 70 femmes ont été tuées au Cameroun depuis le début de l’année 2026 pour des raisons liées au genre, selon le ministère de la Promotion de la femme et de la famille (MINPROFF), cité jeudi 15 octobre par l’agence AP. Un niveau supérieur à celui des années précédentes, qui alimente des manifestations à Douala et Yaoundé et une forte pression sur le gouvernement, attendu au Parlement en novembre avec un projet de loi faisant du féminicide une infraction à part entière.
Des chiffres en hausse constante
Les données officielles dessinent une tendance inquiétante : au moins 50 féminicides en 2023, 67 en 2024, et déjà près de 70 en 2026, alors que l’année n’est pas terminée. Devant l’Assemblée nationale, le 19 juin, le MINPROFF avait déjà fait état de 50 féminicides et de 1 599 cas de violences basées sur le genre, dont 166 viols, pour les seuls mois de janvier à avril, selon des chiffres rappelés par Camer.be. En août, la presse locale avait recensé huit femmes tuées en huit jours.
Parmi les drames qui ont marqué l’opinion figure celui de Geraldine Achiah, institutrice d’une trentaine d’années décédée en septembre, deux mois après son mariage. Ses proches accusent son époux de l’avoir battue à mort ; inculpé de meurtre et en détention dans l’attente de son procès, il nie les faits et bénéficie de la présomption d’innocence.
Un vide juridique dénoncé
Le Code pénal camerounais réprime le viol ou le meurtre, mais ne contient aucune disposition spécifique sur le féminicide ; les juges s’appuient sur des textes généraux. Les militantes dénoncent des enquêtes longues, des pressions sur les familles, des erreurs de procédure et des peines parfois très légères. En 2025, un homme ayant reconnu le meurtre de son épouse avait écopé de cinq ans avec sursis et d’une amende de 52 000 FCFA, une décision qui avait soulevé l’indignation.
Selon la Ligue pour l’éducation de la femme et de l’enfant (LEFE), sur 54 pays africains, 38 disposent d’une loi spécifique sur les violences faites aux femmes et 24 d’un Code de la famille ; le Cameroun n’a ni l’un ni l’autre.
Le gouvernement promet d’agir
La ministre de la Promotion de la femme, Marie-Thérèse Abena Ondoa, a qualifié la situation de « cruelle » et « alarmante », en soulignant le poids de la dépendance économique qui pousse de nombreuses femmes à endurer les violences. Le gouvernement prépare un texte faisant du féminicide une infraction autonome et renforçant la protection contre les violences basées sur le genre, attendu au Parlement lors de la session de novembre. En octobre, le ministère a réuni treize acteurs publics et privés, dont la Justice, la police, la CRTV et des opérateurs téléphoniques.
Ce que réclame la société civile
Les associations demandent l’adoption de l’avant-projet de loi sur les violences de genre, élaboré depuis 2023 lors de consultations à Kribi, Mbankomo et Ebolowa, dans sa version d’origine : prise en compte des violences économiques et numériques, ordonnance de protection sous 24 heures, guichets uniques d’accueil des victimes. Elles plaident aussi pour un Code des personnes et de la famille, un budget dédié, des refuges dans les dix régions et la formation des magistrats et des policiers. Pour l’organisatrice de manifestations Laura Sen, une loi seule ne suffira pas sans lever les obstacles systémiques et sans accompagnement des victimes.
La session parlementaire de novembre, qui coïncidera avec le premier anniversaire du septennat entamé en novembre 2025, sera donc scrutée de près. Le Cameroun doit en outre être examiné en 2027 par le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW).
Sources : Africanews / AP ; ABC News / AP ; Camer.be ; OkayAfrica.
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