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Éthiopie : Addis-Abeba installe une administration intérimaire au Tigré et promet des élections dans six mois

Le gouvernement éthiopien a installé, vendredi 16 octobre 2026, une administration intérimaire de six mois au Tigré, chargée de rétablir les services publics, d’organiser le retour des déplacés et de préparer des élections. L’annonce intervient moins de deux semaines après l’entrée des forces fédérales et de leurs alliés à Mekele, la capitale régionale, au terme d’une reprise des combats qui a mis à mal l’accord de paix de 2022.

Une transition sous contrôle fédéral

Selon le bureau du Premier ministre Abiy Ahmed, cette administration provisoire doit créer un climat stable permettant la tenue d’un scrutin dans un délai de six mois, sous la supervision du gouvernement fédéral. Ses priorités affichées sont la remise en marche des services publics et le retour des populations déplacées. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, environ 750 000 Tigréens étaient encore déplacés à l’intérieur du pays en février.

Addis-Abeba accuse le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) d’avoir fait obstacle à la mise en œuvre de l’accord de paix et affirme que les derniers affrontements se sont soldés par sa défaite.

D’ex-combattants choisissent la vie civile

Le TPLF s’est retiré de Mekele et les forces pro-gouvernementales sont entrées dans la ville le 4 octobre. Depuis mercredi 14 octobre, d’anciens combattants tigréens se présentent pour s’inscrire à un programme de désarmement, démobilisation et réintégration. Selon l’agence AP, des centaines d’entre eux se sont enregistrés vendredi, mais les autorités n’ont pas communiqué de bilan global.

Le TPLF, de son côté, a qualifié de « traîtres » les Tigréens qui coopèrent avec le pouvoir fédéral et appelé ses forces à poursuivre le combat, dans un communiqué publié le 14 octobre. L’organisation Human Rights Watch avait rapporté en juin que d’anciens combattants avaient été contraints de rejoindre leurs unités, ce que le TPLF conteste.

L’Érythrée, menace d’un conflit élargi

La dimension régionale inquiète. L’Éthiopie a rompu ses liens avec l’Érythrée, qu’elle accuse de soutenir les rebelles et d’occuper une partie de son territoire, ce qu’Asmara dément. L’Érythrée a de son côté assimilé les mesures d’« autodéfense » annoncées par Addis-Abeba à une déclaration de guerre. L’Éthiopie accuse également l’Égypte et le Soudan de soutenir l’alliance rebelle, des accusations rejetées par les deux pays.

Mercredi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a appelé Abiy Ahmed à la désescalade lors d’un entretien téléphonique, selon le département d’État. Pour l’analyste Magnus Taylor, de l’International Crisis Group, la perte de Mekele par le TPLF ne signifie pas pour autant la fin du conflit.

Le spectre de la guerre de 2020-2022

Le précédent conflit, entre 2020 et 2022, avait fait des centaines de milliers de morts ; des chercheurs de l’université de Gand évaluent à environ 500 000 le nombre de victimes civiles. L’accord de Pretoria, signé en novembre 2022, avait mis fin aux hostilités. Sa remise en cause fait craindre une nouvelle crise humanitaire, même si des hôpitaux du Tigré ont pu rouvrir grâce à l’aide humanitaire, selon l’agence APA.

Les six prochains mois diront si la transition imposée par Addis-Abeba peut déboucher sur un scrutin crédible, ou si la région bascule dans une insurrection durable.

Sources : AP via News4Jax ; The Irish Times / Reuters ; France 24 ; AllAfrica / Africanews ; APA News.

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