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La Chronique Du Bantu

Afrique subsaharienne : la croissance résiste, mais la dette et le recul de l’aide fragilisent l’avenir

« Le riche domine sur les pauvres, Et celui qui emprunte est l’esclave de celui qui prête. » (Proverbes 22:7, traduction Louis Segond 1910.) Vieille de plus de deux millénaires, cette maxime biblique pourrait servir d’épigraphe au dernier diagnostic du FMI sur l’Afrique subsaharienne.

Le Fonds monétaire international a publié cette semaine la mise à jour d’octobre 2026 de ses perspectives régionales pour l’Afrique subsaharienne, intitulée « Croissance résiliente, perspectives assombries ». Le constat est double : l’activité tient bon, avec 4,5 % de croissance attendue en 2026 comme en 2027, mais la dette, le recul de l’aide et les chocs extérieurs menacent cet équilibre.

Une croissance qui résiste

La bonne nouvelle d’abord. Le FMI a relevé de 0,2 point sa prévision de croissance pour 2026 par rapport à avril. Les économies les moins dépendantes des matières premières restent les plus dynamiques, avec 6 % de croissance attendue. L’Éthiopie (9,2 %), le Rwanda (7,4 %), la Guinée (7,2 %), le Bénin et le Niger (7 % chacun), la Côte d’Ivoire et la Tanzanie (6 %) figurent parmi les plus rapides. À l’inverse, les deux géants du continent traînent : 4,2 % pour le Nigeria et seulement 1 % pour l’Afrique du Sud.

Cette résilience, dans un contexte international troublé, mérite d’être soulignée. Mais elle repose sur des fondations financières fragiles.

Le poids écrasant des intérêts

C’est là que le verset biblique prend tout son sens. Sur la période 2025-2027, le paiement des seuls intérêts de la dette absorberait environ 12 % des recettes publiques, hors dons, pour le pays médian de la région. La dette publique médiane atteint 51,7 % du PIB en 2026, pour un déficit budgétaire de 3,3 %.

Concrètement, chaque franc consacré aux créanciers est un franc de moins pour les écoles, les hôpitaux ou les routes. Et l’accès au financement reste coûteux : le rendement des obligations américaines à dix ans, référence mondiale, est passé de 4 % fin février à 5,2 % fin septembre. Les pays africains ont certes levé environ 12 milliards de dollars sur les marchés en eurobonds en 2026, avec des écarts de taux resserrés, mais le FMI prévient que cela ne signifie pas un crédit bon marché pour tous.

L’aide se retire

Le second choc est celui de l’aide. Après une chute d’environ un quart en 2025, l’aide bilatérale devrait encore reculer de 12 % en 2026, selon les estimations de l’OCDE reprises par le FMI. Pour de nombreux pays, en particulier les plus fragiles, cette contraction touche directement la santé, l’alimentation et les programmes sociaux. Elle intervient au moment même où des crises sanitaires comme l’épidémie d’Ebola en RDC exigent des moyens accrus.

Pétrole, engrais, climat : la menace des chocs

Le FMI juge les risques orientés à la baisse. Son scénario central suppose une réouverture progressive du détroit d’Ormuz et un baril à 96 dollars en moyenne en 2026, puis 87 dollars en 2027. Les prix des engrais augmenteraient de 26 % sur un an, une menace pour les rendements agricoles. Le phénomène El Niño fait peser des risques sur les récoltes, les infrastructures et l’hydroélectricité. Dans un scénario défavorable, la croissance médiane perdrait 0,5 point en 2027 et l’inflation médiane gagnerait 2,6 points. Celle-ci passerait déjà de 3,4 % en 2025 à 4,3 % en 2026, puis 5 % en 2027.

Sortir de la servitude de la dette

Les recommandations du Fonds sont connues : poursuivre l’ajustement budgétaire, épargner une partie des recettes exceptionnelles tirées des matières premières, mieux cibler les aides vers les ménages vulnérables et préserver les investissements productifs. Mais au-delà de la technique, une question politique se pose. Le continent peut-il continuer à financer son développement à crédit, à des taux bien supérieurs à ceux des pays riches ?

La réponse passe par une meilleure mobilisation des recettes intérieures, la lutte contre l’évasion fiscale et la transformation locale des ressources. Plusieurs gouvernements, comme celui du Niger dans son bras de fer avec les compagnies pétrolières chinoises, revendiquent déjà de mieux capter la valeur de leurs richesses. Tant que l’Afrique empruntera pour financer l’essentiel, elle restera dépendante de ceux qui prêtent. La croissance est là ; reste à en faire un levier de souveraineté.

Sources : Agence Ecofin ; African Manager ; Eco Finance Guinée ; Kaweru ; verset : Bible Louis Segond, Proverbes 22:7.

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