Zimbabwe : la Zanu-PF repousse son congrès à 2029 et verrouille la succession au profit de Mnangagwa jusqu’en 2030
Le parti au pouvoir au Zimbabwe, la Zanu-PF, a décidé lors de sa 23e Conférence nationale, achevée le 17 octobre à l’université de technologie de Chinhoyi, de repousser son congrès électif de 2027 à 2029. Les délégués ont aussi résolu que le président Emmerson Mnangagwa resterait à la tête du parti et serait son candidat, ce qui l’installe de fait jusqu’en 2030. Le secrétaire aux Affaires juridiques, Ziyambi Ziyambi, a annoncé dans la foulée des sanctions contre plusieurs députés.
Un calendrier aligné sur la nouvelle Constitution
Selon le Sunday Mail, relayé par The Herald, la Zanu-PF va amender ses statuts pour caler son cycle électoral interne sur celui fixé par la Constitution nationale. Ziyambi Ziyambi a explicitement lié ce changement à l’amendement constitutionnel adopté au Parlement. Ce texte, connu sous le nom de Constitutional Amendment No. 3, a été voté en juin par l’Assemblée nationale avec 216 voix, au-delà de la majorité des deux tiers requise (187), puis approuvé par le Sénat. Selon l’agence AP et le site Jurist, il porte le mandat présidentiel de cinq à sept ans, décale l’élection prévue en 2028 et confie l’élection du chef de l’État aux parlementaires plutôt qu’au suffrage universel direct.
« Notre président et notre candidat sera Son Excellence, le camarade Mnangagwa », a déclaré Ziyambi Ziyambi devant les délégués, selon ZimEye. Les présidents provinciaux du parti assurent que ces décisions remontent des consultations menées dans les cellules, branches et districts.
La route de Chiwenga coupée
L’enjeu principal est la succession. Le congrès de 2027 était la prochaine occasion pour le vice-président Constantino Chiwenga, ancien chef de l’armée et artisan de la chute de Robert Mugabe en 2017, de briguer la direction du parti. En repoussant l’échéance et en désignant déjà Mnangagwa, la conférence ferme cette voie. Les résolutions ne nomment toutefois pas Chiwenga et ne l’excluent pas formellement. Celui-ci ne s’était pas exprimé publiquement sur le nouveau calendrier.
Des ministres dans le viseur
Autre signal de reprise en main : la direction entend sanctionner les élus Zanu-PF qui ont manqué les séances consacrées à l’amendement constitutionnel. Selon un article publié par allAfrica, Ziyambi Ziyambi a cité plusieurs membres du gouvernement, dont :
- Jenfan Muswere, ministre chargé de l’audit des compétences ;
- Tatenda Mavetera, ministre des TIC ;
- Marian Chombo, ministre d’État pour le Mashonaland occidental ;
- Angeline Gata et Sheillah Chikomo, vice-ministres.
Les raisons de leur absence ne sont pas connues, pas plus que la nature exacte des sanctions envisagées.
Ce qui va suivre
Le parti doit maintenant formaliser la révision de ses statuts. Pour la Zanu-PF, la priorité affichée est la mise en œuvre des résolutions socio-économiques de la conférence, que le gouvernement est chargé d’appliquer. Mais en figeant la direction du parti et de l’État jusqu’en 2030, sans ouvrir de débat sur la succession, la conférence de Chinhoyi reporte aussi une question qui divise le sommet du pouvoir depuis 2017. Le pari de la stabilité par la continuité pourrait raviver les tensions internes.
Sources : The Herald (Sunday Mail) ; allAfrica ; ZimEye ; Jurist ; AP via WTOP.
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