Afrique du Sud : Ramaphosa demande au pays de se préparer à une exclusion de l’AGOA, des centaines de milliers d’emplois en jeu
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a appelé lundi 19 octobre son pays à se préparer à une possible exclusion de l’AGOA, la loi américaine qui ouvre sans droits de douane le marché des États-Unis à des milliers de produits africains. Une perspective qu’il juge dévastatrice pour l’emploi, sur fond de relations dégradées entre Pretoria et l’administration Trump.
« Nous préparer si cela arrive »
Selon Reuters, le chef de l’État a reconnu qu’il n’était pas certain que l’Afrique du Sud reste éligible. Son gouvernement discute avec ses homologues américains, mais certains responsables à Washington plaident pour une exclusion. En tant que président, a-t-il expliqué en substance, il doit préparer le pays à cette éventualité. Lui-même et le vice-président Paul Mashatile multiplient les déplacements à l’étranger pour prospecter de nouveaux marchés.
Les tensions sont anciennes. L’administration Trump accuse Pretoria de persécuter la minorité blanche, une affirmation que le gouvernement sud-africain qualifie de fausseté colportée par des groupes marginaux.
Un dispositif prolongé, mais une éligibilité révocable
L’AGOA a pourtant été renouvelée. D’après The Rio Times, Donald Trump a signé le 2 septembre une loi qui prolonge le programme jusqu’en décembre 2028, alors que l’Afrique du Sud espérait une extension de quinze ans. Mais l’éligibilité de chaque pays est réexaminée chaque année, et la décision finale appartient à l’exécutif américain. Le représentant au Commerce a ouvert en juin la revue pour 2027, dont l’issue est attendue avant janvier.
Les chiffres de l’enjeu
- L’Afrique du Sud a représenté environ la moitié des 8,23 milliards de dollars de marchandises exportées sous AGOA en 2024 (Business Day, d’après Oxford Economics).
- Environ 22 % des exportations sud-africaines vers les États-Unis passent par le dispositif (BusinessTech).
- Près d’un demi-million d’emplois y seraient liés, selon des estimations citées par BusinessTech.
- Les exportations de véhicules vers les États-Unis sont déjà tombées de 17,7 milliards de rands en 2024 à 8 milliards en 2025, sous l’effet d’une surtaxe américaine de 25 % sur les voitures, les pièces, l’acier et l’aluminium.
L’automobile et l’agriculture seraient les premiers secteurs touchés. Le syndicat Solidarity met en garde contre la perte de milliers d’emplois qualifiés en cas d’exclusion.
La carte chinoise
Pour amortir le choc, Cyril Ramaphosa met en avant l’accord commercial récemment conclu avec la Chine, qui a mis en place en mai un régime à droits de douane nuls pour les produits sud-africains éligibles. Une diversification bienvenue, mais qui ne remplacera pas à court terme le marché américain pour les constructeurs automobiles installés dans le pays.
Un signal pour tout le continent
Le cas sud-africain dépasse ses frontières. Il montre que l’AGOA, longtemps perçue comme un acquis technique, est devenue un levier politique entre les mains de Washington. Pour les autres bénéficiaires, du Kenya à Madagascar, la leçon est claire : l’accès préférentiel peut être retiré, et la Zone de libre-échange continentale africaine comme les marchés asiatiques apparaissent plus que jamais comme des assurances indispensables.
Sources : CNBC Africa (Reuters) ; Sunday World ; The Rio Times ; allAfrica.
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