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Kenya : le pasteur Paul Mackenzie reconnu coupable du meurtre de 191 personnes dans le drame de Shakahola

La Haute Cour de Mombasa a reconnu coupable de meurtre, lundi 19 octobre, le pasteur autoproclamé Paul Nthenge Mackenzie et ses coaccusés dans l’affaire de Shakahola, du nom de la forêt de l’est du Kenya où des centaines de fidèles de sa secte sont morts de faim. Ce premier verdict porte sur 191 victimes, dont 190 enfants. La juge Diana Kavedza Mochache prononcera la peine le 6 novembre.

Un verdict qui rejette la thèse du jeûne volontaire

Selon le site kenyan Citizen Digital, 29 accusés au total, dont Paul Mackenzie, ont été déclarés coupables. Ils avaient plaidé non coupables en 2024 des 191 chefs de meurtre. La cour a jugé que le fondateur de la Good News International Church avait radicalisé ses fidèles et provoqué leur mort. Elle a écarté l’argument de la défense selon lequel les victimes avaient jeûné de leur plein gré, et selon lequel le dossier reposait sur des preuves indirectes et des rapports médico-légaux non concluants.

Plus de 120 témoins ont défilé à la barre pour retracer les faits survenus entre 2021 et 2023 sur un terrain de quelque 800 acres, dans le comté de Kilifi. L’accusation a décrit une « hiérarchie de la mort » organisée : les enfants d’abord, puis les adolescents, les femmes et enfin les hommes, le prédicateur présentant la privation de nourriture comme le chemin pour rencontrer Jésus avant la fin du monde.

Plus de 400 corps exhumés

Le drame avait éclaté au grand jour en avril 2023, après l’alerte d’une organisation de défense des droits humains. Les opérations de police avaient permis de secourir des fidèles affamés, puis mis au jour des fosses communes peu profondes. Plus de 400 corps ont été exhumés dans la forêt ; la Commission nationale kenyane des droits humains avait avancé en 2024 le chiffre de 429 morts. Très décomposés, seuls 26 corps ont pu être identifiés, selon l’agence AP.

À l’époque, le président William Ruto avait reconnu que les services de l’État auraient dû prévenir ces morts et avait assumé sa responsabilité en tant que chef de l’État.

D’autres procès en attente

Ce jugement n’épuise pas les poursuites. Paul Mackenzie fait aussi face à des accusations d’homicide involontaire et de terrorisme, qu’il conteste. En janvier 2026, il a été inculpé dans un autre dossier : les procureurs l’accusent d’avoir orchestré, depuis sa détention, la mort de 52 personnes dans le village de Kwa Binzaro, à une trentaine de kilomètres de Shakahola. Il a plaidé non coupable.

Le prédicateur n’était pas inconnu des autorités. Son église, fondée en 2003, avait été visée par une perquisition en 2017, et il avait été arrêté en 2019 après la mort par inanition de deux enfants, avant de s’installer à Shakahola.

Le débat sur la régulation des églises relancé

L’affaire a profondément choqué le Kenya et relancé le débat sur l’encadrement des organisations religieuses, dont le nombre a explosé ces dernières décennies. Le verdict de lundi est salué comme une étape vers la justice pour les familles, dont beaucoup attendent encore l’identification de leurs proches. La sentence du 6 novembre dira si la justice kenyane choisit l’exemplarité maximale.

Sources : Citizen Digital ; The Korea Times (AP) ; Nation ; allAfrica.

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