Sénégal : faute de décret signé par Diomaye Faye, les élections locales du 17 janvier 2027 reportées de fait
Les élections municipales et départementales que le Premier ministre avait annoncées pour le 17 janvier 2027 au Sénégal n’auront pas lieu à cette date. Le Code électoral impose la convocation du corps électoral au moins 90 jours avant le scrutin, soit au plus tard le lundi 19 octobre. Ce délai a expiré sans que le président Bassirou Diomaye Faye ne signe le décret, entraînant un report de fait, rapporte RFI.
Un silence présidentiel qui interroge
Le chef de l’État ne s’est pas adressé à la nation pour expliquer ce choix. Le scrutin avait pourtant été annoncé dès le début du mois de septembre par le Premier ministre. Depuis plusieurs semaines, la presse sénégalaise s’inquiétait de l’absence de décret, et un porte-parole de la présidence avait même annoncé, avant de la démentir, une prise de parole du chef de l’État sur le sujet en septembre.
Le calendrier est serré : les mandats des maires et des conseillers départementaux expirent le 23 janvier 2027. Sans nouvelle date de scrutin, la question du sort des exécutifs locaux sortants se pose dès à présent.
Deux lectures du Code électoral
Une partie du camp présidentiel conteste le terme même de report. Aminata Touré, superviseure générale de Kiiraay, le nouveau parti présidentiel, s’appuie sur l’article 269, qui prévoit selon elle la tenue des élections au cours de la cinquième année du mandat. Le scrutin pourrait donc, à ses yeux, se tenir à n’importe quel moment de 2027 sans violer la loi.
L’opposition rejette cette interprétation. Elle accuse le pouvoir de jouer la montre pour renforcer Kiiraay, notamment en attirant des cadres de l’APR, le parti de l’ancien président Macky Sall. Le Pastef, formation du Premier ministre Ousmane Sonko, a de son côté appelé le gouvernement à respecter le calendrier électoral, signe des tensions au sein même de la majorité issue de 2024.
Le scénario d’un couplage avec des législatives anticipées
Un responsable du Pastef, Amadou Ba, avance une hypothèse : le président pourrait organiser les locales en même temps que des législatives anticipées, après une dissolution de l’Assemblée nationale, possible à partir de fin novembre 2026. Un scénario qui transformerait un scrutin local en grande bataille nationale, dans un contexte de relations déjà tendues entre la présidence et l’Assemblée dominée par le Pastef. La semaine dernière encore, le Conseil constitutionnel avait censuré une loi des députés sur les fonds spéciaux.
La bataille se déplace devant les juges
Le collectif citoyen Ñoo Lank, débouté en août par la Cour suprême, prévoit de saisir dans les prochaines semaines la Cour de justice de la Cédéao pour contester ce report. Le Sénégal, souvent cité en exemple pour la régularité de ses alternances, se retrouve ainsi une nouvelle fois confronté à un débat sur le respect de son calendrier électoral, deux ans et demi après la crise provoquée par le report avorté de la présidentielle de 2024. La date de la prochaine convocation des électeurs reste, à ce stade, inconnue.
Sources : RFI (via Shango Media) ; allAfrica ; SenePlus ; L’Œil d’Afrique.
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