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La Chronique Du Bantu

Chronique : au Malawi, la pénurie d’essence révèle le piège des devises qui guette tout un continent

« Le riche domine sur les pauvres, et celui qui emprunte est l’esclave de celui qui prête. » — Proverbes 22:7 (Bible, traduction Louis Segond)

Au Malawi, la pénurie de carburant est devenue ces dernières semaines une urgence nationale. À Zomba, un chauffeur de minibus a passé huit jours et huit nuits dans son véhicule à attendre un camion-citerne ; à Lilongwe, une station qui recevait 30 000 litres par jour n’en voit plus arriver que 5 000. Derrière ces files d’attente se cache un mal plus profond, qui dépasse ce petit pays d’Afrique australe : le manque chronique de devises.

Une crise de dollars avant d’être une crise d’essence

Le Malawi consomme environ deux millions de litres de carburant par jour, selon la Compagnie pétrolière nationale (NOCMA). Pour les importer, il lui faut quelque 49 millions de dollars par mois. Or le pays importe pour environ 3 milliards de dollars de biens par an, contre seulement 1 milliard d’exportations. En juillet, ses réserves de change s’élevaient à 600,6 millions de dollars, soit 2,4 mois d’importations, en dessous du seuil de prudence de trois mois.

Le régulateur de l’énergie (MERA) le reconnaît sans détour : les ruptures de stock sont directement liées aux contraintes de devises. Les fournisseurs, qui accordaient autrefois 30 à 90 jours de crédit, exigent désormais d’être payés comptant. Résultat : des camions attendent dans les ports voisins tant que l’argent n’est pas versé. Une centaine de citernes malawites sont restées immobilisées plus de deux semaines à Dar es Salaam, jusqu’à ce que l’Association des transporteurs en appelle au président Peter Mutharika pour débloquer la situation. Quelque 287 citernes étaient attendues cette semaine.

Des remèdes d’urgence qui achètent du temps

Pour parer au plus pressé, la Banque centrale a vendu 590 kg d’or pour 78 millions de dollars, dont 30 millions versés aux fournisseurs de carburant, l’équivalent d’environ 18 jours de consommation. Elle précise qu’il s’agit d’or acheté aux orpailleurs locaux, et non de ses réserves. Le gouvernement a retiré des routes les véhicules officiels non essentiels et prévoit une baisse temporaire des taxes sur les carburants à partir du 4 novembre.

Ces mesures soulagent, mais ne guérissent pas. Comme le résume l’analyse publiée par IOL, les camions-citernes remplissent les réservoirs, pas les réserves. Le porte-parole du régulateur lui-même met en garde : les répits ponctuels ne doivent pas masquer le problème structurel, celui de gagner assez de devises pour payer les importations essentielles.

Le dilemme du kwacha et du FMI

Le nœud est aussi politique. Le taux officiel du kwacha avoisine 1 749 unités pour un dollar, très loin du marché parallèle, où la prime a culminé à 150 % en mars 2025 selon le FMI. Cet écart détourne les dollars des circuits officiels. Le Fonds souhaite un kwacha plus flexible ; le président Mutharika exclut toute dévaluation. Une mission du FMI est repartie en juin sans nouvel accord, et le pays n’a plus de programme depuis mai 2025. La guerre menée contre l’Iran depuis fin février a encore aggravé la facture pétrolière et ravivé les files d’attente.

Le pays a pourtant déjà dévalué sa monnaie de 25 % en mai 2022, puis de 44 % avant le programme du FMI de 2023, sans régler durablement la question. D’où la prudence du pouvoir : une nouvelle dévaluation renchérirait immédiatement les produits importés, au premier rang desquels… le carburant.

Une leçon qui dépasse Lilongwe

Le cas malawite n’est pas isolé. Au Niger, au Mali, en Éthiopie ou au Nigeria à différentes périodes, la pénurie de carburant a souvent été le symptôme visible d’une dépendance plus large : celle d’économies qui importent l’essentiel de leur énergie et exportent surtout des matières premières brutes, au gré de cours qu’elles ne maîtrisent pas. Quand le dollar se fait rare, c’est toute la vie quotidienne qui s’arrête : minibus à l’arrêt, tarifs qui grimpent, marché noir qui prospère.

La sortie de crise passe, à terme, par deux leviers : un accord crédible avec les bailleurs et, surtout, une hausse durable des recettes d’exportation. C’est tout le sens des stratégies de transformation locale que défendent aujourd’hui le Ghana ou le Mozambique. Car tant qu’un pays doit emprunter les devises qu’il ne gagne pas, il reste, pour reprendre l’image biblique, à la merci de celui qui prête.

Sources : IOL ; Nyasa Times / allAfrica ; Reuters / CNBC Africa ; OkayAfrica ; Al Jazeera ; Proverbes 22:7 (LSG).

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