Tanzanie : un deuxième cadre de Chadema inculpé de trahison, l’opposition sous la menace de la peine capitale
La justice tanzanienne a inculpé de trahison John Pambalu, membre du conseil national de Chadema, le principal parti d’opposition, mercredi 21 octobre 2026 à Dar es Salaam, a rapporté l’AFP. En Tanzanie, ce crime est passible de la peine de mort. Il devient le deuxième responsable du parti poursuivi pour ce chef d’accusation, après le président de Chadema, Tundu Lissu.
Ce qui est reproché à John Pambalu
Ancien dirigeant de l’aile jeunesse du parti, John Pambalu est accusé d’avoir cherché à convaincre la population de faire obstruction aux élections générales d’octobre 2025, et d’avoir mené des « manifestations sans fin » destinées à intimider l’exécutif, selon l’acte d’accusation cité par Africanews. D’après le Rio Times, aucun acte de violence ne lui est reproché et l’audience s’est tenue devant le tribunal de Kisutu, à Dar es Salaam.
C’est le vice-président de Chadema, John Heche, qui a confirmé l’inculpation lors d’un meeting à Arusha. Il a dit s’attendre à être lui-même visé par une procédure similaire, tout en refusant l’exil : « Je ne fuirai pas mon propre pays », a-t-il lancé, selon la télévision publique ougandaise UBC, qui reprend l’AFP. Il a promis que le parti se battrait jusqu’au bout.
Tundu Lissu, en attente de son verdict
Cette inculpation intervient alors que le procès de Tundu Lissu arrive à son terme. Le président de Chadema avait été arrêté le 9 avril 2025, après un meeting à Mbinga, dans la région de Ruvuma, puis inculpé de trahison. Selon le Rio Times, les débats se sont achevés fin septembre et un collège de trois juges de la Haute Cour doit rendre son jugement le 6 novembre 2026. Cette décision sera un test majeur pour l’indépendance de la justice tanzanienne.
L’ombre des élections sanglantes de 2025
Ces procédures s’inscrivent dans le prolongement de la crise ouverte par la présidentielle d’octobre 2025. Exclu du scrutin, Chadema avait vu la présidente Samia Suluhu Hassan l’emporter avec 98 % des voix selon les résultats officiels. Les manifestations qui ont suivi ont été réprimées dans le sang : l’opposition et des ONG avancent un bilan d’environ 2 000 morts, tandis qu’une commission d’enquête mise en place par la présidente a retenu le chiffre de 518 morts, sans désigner de responsables. L’opposition juge cette commission partiale.
Arrivée au pouvoir en mars 2021 après la mort de John Magufuli, Samia Suluhu Hassan avait d’abord été saluée pour avoir assoupli les restrictions imposées aux partis et aux médias. Ses adversaires l’accusent désormais de renouer avec les méthodes autoritaires de son prédécesseur.
Ce qui va suivre
La date de la prochaine audience de John Pambalu n’a pas été communiquée. Les regards se tournent vers le verdict attendu dans l’affaire Lissu, et vers une éventuelle inculpation de John Heche, qui priverait Chadema de ses deux principaux dirigeants. Pour l’Afrique de l’Est, où la Tanzanie faisait figure de pôle de stabilité, l’enjeu dépasse le sort d’un parti : c’est la place de l’opposition dans le jeu politique qui est posée.
Sources : Africanews (AFP), UBC, Rio Times, Bloomberg.
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