Égypte : la livre à son plus bas historique, le dollar franchit pour la première fois les 55 livres
La livre égyptienne a touché un plancher historique jeudi 22 octobre 2026. Pour la première fois, le dollar américain a dépassé la barre des 55 livres dans les banques égyptiennes, clôturant à 55,35 livres à la vente à la National Bank of Egypt, la première banque publique du pays. Une glissade qui traduit l’exposition du Caire aux turbulences du Moyen-Orient.
Une journée de chute record
Le seuil symbolique a été franchi en début d’après-midi, heure du Caire. À la clôture, la National Bank of Egypt affichait 55,25 livres à l’achat et 55,35 à la vente, en hausse de 92 piastres sur la journée. La Banque Misr, la Banque du Caire et la Suez Canal Bank pratiquaient des taux quasi identiques, tandis qu’Al Baraka Bank montait jusqu’à 55,37 livres à la vente, selon Egyptian Streets et Zawia3. Sur le marché offshore, la devise égyptienne est tombée jusqu’à 55,30 livres pour un dollar, un record, en baisse de 1,7 % par rapport à la veille, d’après des données de Bloomberg reprises par le site Briefs.
La dépréciation s’accélère : la livre a cédé environ 6,4 % depuis le début du mois d’octobre. Fin février 2026, avant l’escalade du conflit entre les États-Unis et l’Iran, le dollar valait encore environ 47,72 livres, selon Ahram Online, soit un recul de près de 14 % en huit mois.
Suez, pétrole et mer Rouge
Plusieurs facteurs pèsent sur la monnaie. Les perturbations du trafic maritime en mer Rouge amputent les recettes du canal de Suez, l’une des principales sources de devises du pays. La hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires importés alourdit la facture extérieure : dès février, le Premier ministre Mostafa Madbouly indiquait que le baril avait atteint environ 110 dollars, contre 75 dollars retenus dans le budget. S’ajoutent les frappes des Houthis contre l’Arabie saoudite, partenaire financier clé du Caire.
La Bourse a accusé le coup : l’indice EGX 30 a reculé de 3,41 % jeudi, à 51 052 points, selon le Rio Times.
La Banque centrale assume la flexibilité
Le gouverneur de la Banque centrale d’Égypte, Hassan Abdalla, s’est voulu rassurant le jour même lors de l’Egypt Forum 2026, dans la Nouvelle Capitale administrative. Il a défendu la flexibilité du taux de change, estimant que ce qui devrait inquiéter serait au contraire « un taux stable malgré des circonstances changeantes », selon Egypt Daily News. Il n’a avancé ni taux cible ni prévision.
Ce régime de change flexible a été adopté le 6 mars 2024, dans le cadre des réformes soutenues par le FMI, avec un relèvement des taux de 600 points de base. Le taux directeur est aujourd’hui de 19 %, et le prochain comité de politique monétaire est attendu le 29 octobre.
Quelles conséquences ?
Pour les ménages égyptiens, la baisse de la livre renchérit les importations et menace le reflux de l’inflation, revenue à 13,9 % en septembre en milieu urbain contre 14,5 % en août. À l’inverse, les transferts de la diaspora gagnent en pouvoir d’achat une fois convertis en livres. Le même jour, le FMI a prévu une contraction de 1,3 % du PIB de la zone Moyen-Orient, Afrique du Nord et Pakistan en 2026, signe d’un environnement régional durablement dégradé. La décision du comité monétaire du 29 octobre sera scrutée de près.
Sources : Egyptian Streets, Egypt Daily News, Zawia3, Briefs, Bloomberg, Daily News Egypt, Rio Times, Reuters via US News.
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