Afrique du Sud : Pretoria abaisse sa croissance à 1,2 % mais stabilise sa dette et allège les taxes sur le carburant
Le ministre sud-africain des Finances, Enoch Godongwana, a présenté mercredi 21 octobre 2026 au Parlement, au Cap, sa déclaration de politique budgétaire à moyen terme, le traditionnel « mini-budget ». Le Trésor abaisse sa prévision de croissance pour 2026 à 1,2 %, contre 1,6 % en février, mais met en avant des finances publiques plus solides et un geste temporaire sur les prix à la pompe.
Une croissance freinée par le choc pétrolier
La première économie industrialisée du continent subit de plein fouet les effets de la guerre entre les États-Unis et l’Iran et de la flambée des carburants. Si le PIB réel a progressé de 1,4 % sur un an au premier semestre, il a reculé au deuxième trimestre, rappelle TimesLIVE. Le Trésor table désormais sur 1,6 % en 2027 et 2 % en 2029. Le ministre a néanmoins souligné que le rand s’était renforcé et était devenu moins volatil.
Dette stabilisée, déficit en baisse
Côté finances publiques, les nouvelles sont meilleures. Selon le texte officiel du discours, le déficit budgétaire devrait s’établir à 3,9 % du PIB cette année, légèrement mieux que les 4,0 % prévus en février, avant de descendre à 2,5 % en 2029/30. La dette publique s’est stabilisée à 78,4 % du PIB en 2025/26 et commence à refluer en proportion de la richesse nationale, même si elle continue d’augmenter en valeur absolue.
Pour la troisième année consécutive, l’Afrique du Sud dégage un excédent primaire, c’est-à-dire un solde positif hors charge de la dette : 1,7 % du PIB cette année, et près de 3 % attendus en 2029/30. Les recettes fiscales brutes dépassent de 17,1 milliards de rands les prévisions de février, portées par l’impôt sur les sociétés, la TVA et la hausse des cours des matières premières. Enoch Godongwana a toutefois prévenu que ce surplus devrait largement s’éroder. « Notre objectif n’est pas simplement de dépenser plus, mais de dépenser mieux », a-t-il résumé.
Un répit à la pompe jusqu’en janvier
Mesure la plus attendue par les ménages : une baisse temporaire des taxes sur les carburants. Du 4 novembre au 1er décembre 2026, elles reculeront de 3 rands par litre pour le diesel et de 1,50 rand pour l’essence, puis de 1,50 rand et 1 rand respectivement jusqu’au 5 janvier 2027. Le coût, environ 10 milliards de rands, sera couvert par le reversement au Trésor de 10 milliards de rands du Central Energy Fund, le fonds public de l’énergie, selon EWN. Les trois mois de baisses précédentes avaient déjà privé l’État de 17,2 milliards de rands de recettes.
Le mini-budget réserve par ailleurs 5,1 milliards de rands à la lutte contre les violences faites aux femmes, dont 3,8 milliards sur trois ans pour recruter plus de 3 500 travailleurs sociaux. Le nombre de tribunaux spécialisés dans les infractions sexuelles doit passer de 55 à 101 d’ici 2028/29. Il s’agit de fonds redéployés, et non d’argent frais.
Infrastructures et réactions
Sur le front des infrastructures, l’agence IFISA, opérationnelle depuis avril, accompagne plus de 200 milliards de rands de projets, dont 68 en partenariat public-privé. Un mécanisme de garantie de crédit, créé en août, a obtenu 553 millions de dollars d’engagements conditionnels de bailleurs et doit être opérationnel en 2027. La restructuration d’Eskom se poursuit avec la création d’un gestionnaire indépendant du réseau de transport d’électricité.
Le patronat salue des progrès budgétaires réels, mais juge que la faiblesse de la croissance reste le problème central. Pour Busisiwe Mavuso, directrice générale de Business Leadership South Africa, l’enjeu est désormais que cette stabilité « se traduise en résultats concrets ». Le prochain rendez-vous sera le budget de février 2027, dans un contexte de menace d’exclusion de l’AGOA et d’élections municipales le 4 novembre.
Sources : Gouvernement sud-africain (gov.za), EWN, TimesLIVE, 2oceansvibe.
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