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La Chronique Du Bantu

AES-CEDEAO : à Dakar, l’Afrique de l’Ouest tente de recoudre les fils de son intégration

« Quand les toiles d’araignée s’unissent, elles peuvent ligoter un lion. » Ce proverbe éthiopien, qui célèbre la force des petits lorsqu’ils agissent ensemble, résonne étrangement en ce week-end où l’Afrique de l’Ouest tente de recoudre ce que la politique a déchiré.

Les 17 et 18 octobre 2026, Dakar accueille les premières consultations formelles entre la Confédération des États du Sahel (AES), qui réunit le Burkina Faso, le Mali et le Niger, et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Près de deux ans après le divorce officiel de janvier 2025, les deux blocs doivent inventer un nouveau cadre de relations. Enjeu : préserver ce que les peuples ont bâti depuis des décennies, à commencer par la libre circulation.

Un divorce consommé, des liens intacts

Créée en 2023 par trois pays dirigés par des militaires, l’AES a quitté officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Les capitales sahéliennes reprochaient notamment à l’organisation régionale les sanctions infligées après les coups d’État. Mais la géographie, elle, ne se négocie pas : les familles, les commerçants, les éleveurs et les transporteurs continuent de franchir chaque jour des frontières qui n’ont jamais été des murs.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont enclavés. Une grande partie de leurs importations transite par les ports de pays côtiers membres de la CEDEAO, de Dakar à Abidjan, de Lomé à Cotonou. Leurs ressortissants sont nombreux en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Ghana. Rompre complètement serait coûteux pour tous.

Trois priorités, une méthode

Réunis vendredi 16 octobre à Ouagadougou, les chefs de la diplomatie de l’AES, Karamoko Jean Marie Traoré (Burkina Faso), Abdoulaye Diop (Mali) et Bakary Yaou Sangaré (Niger), ont arrêté leur ligne. Trois impératifs guideront leur délégation : préserver la souveraineté des États membres, consolider la Confédération et protéger les intérêts des populations de l’espace confédéral. Une équipe d’experts avait préparé le terrain dès le 14 octobre.

Le message est clair : l’AES veut négocier d’entité à entité, et non pays par pays. Elle entend ainsi faire reconnaître son existence institutionnelle tout en sauvegardant les acquis concrets de l’intégration. Après des étapes à Niamey en février 2025 et à Bamako en mai 2025, Dakar est présentée par les ministres sahéliens comme la suite logique d’un processus qui doit déboucher sur de nouveaux arrangements institutionnels et juridiques.

La libre circulation au cœur des discussions

Le premier dossier est celui de la circulation des personnes et des biens. C’est, selon les ministres de l’AES, l’aspiration principale des populations. Viennent ensuite le commerce et les questions diplomatiques et institutionnelles. Derrière ces mots se cachent des réalités très concrètes : le droit de séjour des ressortissants sahéliens, les tarifs appliqués aux marchandises, la reconnaissance des documents de voyage ou encore la coopération sécuritaire face aux groupes jihadistes, dont l’expansion ne connaît pas de frontières.

Le choix de Dakar n’est pas anodin : le port sénégalais reste vital pour l’approvisionnement du Mali, dont les convois de carburant circulent sous escorte militaire en raison du blocus imposé par les jihadistes.

Ce qu’il faut attendre

Il serait illusoire d’espérer une réconciliation spectaculaire en deux jours. Les positions restent éloignées et la méfiance, profonde. Mais l’ouverture de ce canal formel est déjà un signal. Pour la CEDEAO, il s’agit de limiter la casse et de préserver l’idée d’un espace ouest-africain intégré. Pour l’AES, l’objectif est d’obtenir la reconnaissance de sa souveraineté sans payer le prix de l’isolement.

Entre ces deux logiques, ce sont des millions de citoyens qui attendent des réponses pratiques. Si les négociateurs se souviennent du proverbe éthiopien, ils sauront que la force de l’Afrique de l’Ouest n’a jamais résidé dans l’isolement de ses États, mais dans la solidité des fils qui les relient.

Sources : APA News ; Sidwaya ; Madar ; Senego ; Notre Afrik ; proverbe : A Way with Words.

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