Afrique du Sud : près de 200 000 Zimbabwéens ont fui les violences xénophobes, selon Harare
Près de 200 000 Zimbabwéens ont quitté l’Afrique du Sud pour rentrer chez eux depuis que des groupes d’autodéfense ont lancé une campagne contre les étrangers. Le chiffre exact, 197 294 personnes, a été présenté mardi 20 octobre en Conseil des ministres à Harare par le ministre des Collectivités locales, Daniel Garwe, et rendu public mercredi par la presse zimbabwéenne.
Une majorité de retours sans aide de l’État
Selon le compte rendu du Conseil des ministres rapporté par NewZimbabwe et NewsDay, l’écrasante majorité des personnes concernées sont rentrées par leurs propres moyens : 154 741 retours spontanés, contre 42 553 rapatriements organisés avec l’aide du gouvernement (chiffre arrêté au 6 octobre). Parmi ces derniers figurent 10 475 hommes, 13 631 femmes, 9 001 garçons et 9 446 filles, soit plus de 18 000 enfants.
- Total des retours : 197 294
- Retours spontanés : 154 741
- Rapatriements assistés : 42 553 (au 6 octobre)
- Expulsés reçus du centre de Lindela : 700 (au 24 septembre)
Harare a dépêché des bus jusqu’au Cap pour récupérer des ressortissants bloqués qui s’étaient réfugiés au consulat. Au poste-frontière de Beitbridge, un centre d’accueil reçoit également les personnes expulsées par Pretoria depuis le centre de rétention de Lindela ; certaines, condamnées, doivent purger le reste de leur peine au Zimbabwe. Les services de sécurité procèdent à un filtrage des arrivants. Le Conseil des ministres a aussi abordé le cas de Malawites transitant par le Zimbabwe pour rentrer chez eux.
Une campagne anti-migrants qui ne faiblit pas
La vague de départs trouve son origine dans une campagne menée en Afrique du Sud par des groupes comme Operation Dudula et March and March, auxquels la presse zimbabwéenne associe l’ancien président Jacob Zuma. Ces mouvements exigent le départ des Zimbabwéens et des autres Africains en situation irrégulière. La mobilisation a culminé autour du 30 juin 2026, lorsque des groupes d’autodéfense ont lancé un appel national à chasser les étrangers.
Depuis, pillages, violences et déplacements se poursuivent, Durban étant la ville la plus récemment touchée. Des étrangers sont sommés de rejoindre la frontière la plus proche. Pour mesurer l’ampleur du phénomène : mi-juillet, le gouvernement zimbabwéen faisait état d’environ 100 000 retours depuis fin mai, selon News24. Le chiffre a donc pratiquement doublé en trois mois.
Un flux qui ralentit, mais une réintégration à organiser
Harare assure que les rapatriements ont « sensiblement diminué » ces dernières semaines, tout en se disant prêt à faire face à un éventuel nouvel afflux. Le défi est désormais celui de la réintégration : trouver un emploi, un logement et une scolarité à des dizaines de milliers de personnes, dans un pays dont l’économie dépend largement des transferts d’argent de sa diaspora, en grande partie installée en Afrique du Sud.
Un test pour la solidarité régionale
Au-delà du Zimbabwe, cette crise interroge la libre circulation et la cohésion au sein de l’Afrique australe. L’Afrique du Sud, première économie industrialisée de la région, attire depuis des décennies des travailleurs venus de toute la SADC. Les flambées de xénophobie, déjà observées par le passé, prennent cette fois une ampleur inédite par le nombre de départs recensés. Pour les familles concernées, souvent installées depuis des années, le retour forcé signifie la perte d’un emploi, d’un logement et, parfois, de tout ce qu’elles avaient construit.
Sources : NewZimbabwe ; NewsDay ; allAfrica ; News24.
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