Côte d’Ivoire : privée du marché européen, la filière mangue réorganise sa chaîne d’export pour 2027
Depuis le 1er août 2026, la Côte d’Ivoire ne peut plus exporter de mangues fraîches vers l’Union européenne, son principal débouché. En cause : des lots contaminés par la mouche des fruits, interceptés à répétition par les contrôles européens. Annoncée par le ministre de l’Agriculture Bruno Nabagné Koné le 15 octobre à Abidjan, la suspension a déclenché un plan d’urgence de 3,5 milliards de FCFA destiné à rouvrir ce marché dès la campagne 2027, prévue en mars-avril.
Des interceptions en hausse
Selon l’Agence Ecofin, les services européens ont intercepté 27 lots de mangues ivoiriennes depuis le début de 2026, contre 12 en 2025 et 32 en 2024. Ces répétitions ont conduit à la fermeture du marché. Le coup est rude : en 2025, la Côte d’Ivoire a expédié 35 000 tonnes de mangues fraîches vers l’UE, soit environ un cinquième de sa récolte, selon RFI. Les données Trade Map citées par Ecofin évaluent ces ventes à près de 25 millions de dollars, environ deux tiers des recettes d’exportation de la filière. La France, la Belgique et les Pays-Bas sont les premiers clients.
Pièges, traitements et contrôles renforcés
Le plan gouvernemental repose sur plusieurs leviers. Les 3,5 milliards de FCFA (environ 5,3 millions d’euros) financeront le traitement phytosanitaire d’environ 20 000 hectares de vergers et le déploiement de plus de trois millions de pièges dans neuf régions productrices, avant la prochaine floraison. Les autorités promettent aussi des contrôles renforcés, une meilleure traçabilité des lots et la création d’une cellule nationale chargée de surveiller et de sécuriser les exportations. Depuis le 23 septembre, la gestion de la filière a été confiée au Conseil du coton, de l’anacarde et du karité.
Dans la chaîne logistique elle-même, le ménage a commencé : neuf stations de conditionnement et quinze exportateurs ont été écartés, selon l’interprofession OIA Inter-Mangues, sans que leur liste soit rendue publique. Son président, Pascal Nembelessi-Silué, reconnaît des défaillances et appelle la filière à faire mieux dès cette année.
Des emplois et des revenus suspendus
La mangue est le deuxième fruit d’exportation ivoirien après la banane. La filière produit environ 180 000 tonnes par an et fait vivre près de 100 000 personnes, d’après Ecofin. L’interprofession revendique quelque 5 000 producteurs. Un exportateur interrogé par RFI, dont plus de 95 % des ventes partaient vers l’Europe, affirme employer directement et indirectement plus de 3 000 personnes, et décrit l’UE comme le marché le plus rémunérateur.
Une course contre la montre
Le calendrier est serré : la campagne d’exportation démarre habituellement en mars. La reprise dépendra de l’évaluation, par Bruxelles, des garanties sanitaires présentées par Abidjan. Pour les exportateurs, l’épisode illustre une réalité de plus en plus pressante pour les produits frais africains : l’accès aux marchés exigeants ne se joue plus seulement au port, mais dans les vergers, les stations de tri et la traçabilité de chaque colis.
Sources : RFI via PressAfrik ; Agence Ecofin ; RFI, revue de presse via allAfrica.
Discover more from Kompas Actu
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
