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Guinée-Bissau : la police saisit des vaccins liés à un essai américain controversé sur 14 000 nouveau-nés

La police judiciaire de Guinée-Bissau a perquisitionné lundi 19 octobre, à Bissau, les locaux du Projet de santé de Bandim et y a saisi un lot de vaccins contre l’hépatite B. Ces doses sont liées à un essai clinique financé par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), qui devait porter sur environ 14 000 nouveau-nés et que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a jugé contraire aux principes éthiques et scientifiques.

Une étape d’enquête, pas une conclusion

Selon les informations de l’AFP et d’AP, reprises par plusieurs médias africains, la police présente cette saisie comme un acte d’investigation destiné à éclaircir les circonstances entourant ce lot et à protéger l’intérêt public et la santé des enfants. Les enquêteurs ont pris soin de préciser que la saisie, à elle seule, ne démontre aucun problème de qualité, de sécurité ou d’efficacité des vaccins.

Le Projet de santé de Bandim est une structure de recherche installée de longue date à Bissau et dirigée par des chercheurs danois, responsables de cet essai. Aucune réaction de leur part, ni des autorités sanitaires bissau-guinéennes ou des CDC, n’avait été rendue publique au moment de la parution des premières dépêches.

Un essai qui divise depuis des mois

L’étude devait déterminer, par tirage au sort, quels nouveau-nés recevraient ou non la dose de vaccin contre l’hépatite B administrée à la naissance. Elle a bénéficié d’une subvention de 1,6 million de dollars (environ 1,4 million d’euros) des CDC, aujourd’hui placés sous l’autorité du secrétaire américain à la Santé Robert F. Kennedy Jr., connu pour ses positions critiques envers les vaccins. Son ministère affirme que l’étude visait à répondre à des questions sur les effets plus larges du vaccin.

En février, l’OMS avait estimé que, dans sa forme actuelle, l’essai ne respectait pas les principes éthiques et scientifiques établis, et indiqué qu’il était suspendu dans l’attente d’examens techniques complémentaires. Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait alors averti que priver des nourrissons de la dose de naissance pouvait les exposer à un risque élevé d’infection. Les travaux antérieurs de cette équipe danoise, consacrés à de suppossés effets néfastes des vaccins, avaient déjà suscité des interrogations méthodologiques dans la communauté scientifique.

Un enjeu de santé publique majeur

Le contexte rend l’affaire particulièrement sensible. Selon l’OMS, plus de 12 % des adultes de Guinée-Bissau vivent avec une hépatite B chronique, et le taux d’infection chez les enfants de moins de cinq ans avoisinait 2 % en 2020, bien au-dessus de l’objectif mondial. La transmission de la mère à l’enfant au moment de l’accouchement est la principale voie d’infection durable ; la dose de naissance permet d’en prévenir 70 à 95 %, selon l’organisation onusienne.

Non traitée, l’hépatite B peut évoluer vers la cirrhose ou le cancer du foie, et elle cause chaque année des centaines de milliers de décès dans le monde.

Les questions en suspens

Plusieurs points restent à éclaircir : le statut exact du lot saisi, l’existence éventuelle de vaccinations déjà réalisées dans le cadre de l’étude, et les suites judiciaires que l’enquête pourrait donner. L’affaire relance plus largement le débat sur l’encadrement des essais cliniques menés en Afrique avec des financements étrangers, et sur la capacité des États à contrôler les protocoles appliqués sur leur sol, en particulier lorsqu’ils concernent des nourrissons.

Sources : Le360 Afrique (AFP) ; TRT Afrika (AP) ; Africa Radio ; allAfrica – revue de presse du 22 octobre.

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