La Chronique Du Bantu : la souveraineté africaine se joue sur le bitume
On parle beaucoup de la ZLECAf, de marché unique et de 1,3 milliard de consommateurs à conquérir. On parle moins de ce qui, très concrètement, empêche cette promesse de se réaliser : des routes qui n’existent pas, des corridors qui n’en finissent plus de sortir de terre, et un commerce intracommunautaire qui, en Afrique centrale par exemple, ne dépasse toujours pas 5 %.
Le lancement du corridor Douala-Bangui cette semaine, comme les efforts autour du corridor Trans-Kalahari ou de l’axe Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui-N’Djamena, rappellent une évidence trop souvent oubliée dans les discours d’estrade : l’intégration économique africaine ne se décrète pas dans les sommets, elle se construit à coups de pelleteuses, de bailleurs patients et d’appels d’offres tenus dans les délais.
Chaque année de retard sur ces infrastructures, c’est un coût logistique supplémentaire répercuté sur le prix du sac de riz, du ciment ou de la pièce détachée dans les marchés de N’Djamena ou de Bangui. C’est aussi une dépendance prolongée aux importations extracontinentales, alors même que les capacités productives existent souvent à quelques centaines de kilomètres, mais restent inaccessibles faute de route praticable.
La souveraineté économique dont on parle tant sur le continent ne sera jamais qu’un slogan tant qu’elle ne se traduira pas, très prosaïquement, par des routes bitumées, des postes-frontières juxtaposés qui fonctionnent réellement, et des délais de transit divisés par deux. C’est un chantier moins spectaculaire qu’un sommet international, mais infiniment plus déterminant pour l’avenir du continent.
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