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Sénégal : à deux jours d’une grève générale de 72 heures, le gouvernement envoie neuf ministres au front

Le climat social se tend au Sénégal. Ce lundi 19 octobre 2026 à 17 heures, une équipe gouvernementale conduite par plusieurs ministres, de la Justice à la Fonction publique, doit tenir une conférence de presse à Dakar pour répondre aux centrales syndicales. Celles-ci maintiennent une marche nationale le 20 octobre et une grève générale de 72 heures les 21, 22 et 23 octobre, malgré l’appel du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô à observer un moratoire de trois mois.

Le gouvernement monte au créneau

Annoncée par le Bureau d’information et de communication du gouvernement et relayée par l’APS, la rencontre se tient au Building administratif Président Mamadou-Dia. Le communiqué évoque huit ministres, mais la liste publiée par plusieurs médias en compte neuf, dont Moussa Sarr (Justice), Boubacar Camara (Enseignement supérieur), Moustapha Mamba Guirassy (Éducation nationale), Mamadou Lamine Dianté (Fonction publique et Travail), Bassirou Sarr (Budget) et le porte-parole du gouvernement. Une mobilisation rare, qui traduit l’inquiétude de l’exécutif face à un front social qui s’élargit.

Une trêve refusée par les syndicats

Jeudi 15 octobre, lors du comité de pilotage du Pacte national de stabilité sociale, signé le 1er mai 2025, le Premier ministre a demandé aux partenaires sociaux de suspendre leurs préavis. Il a promis d’honorer les engagements de l’État au rythme du rétablissement des finances publiques et annoncé la création de comités de dialogue social dans tous les ministères à partir de décembre. Selon le gouvernement, 71 % des engagements du pacte seraient réalisés.

La réponse du Front syndical pour la défense des travailleurs (FSDT), coordonné par Mody Guiro, secrétaire général de la CNTS, a été claire : pas de suspension sans avancées concrètes. Le G7, qui regroupe sept syndicats d’enseignants, a de son côté décrété une grève totale aux mêmes dates, dénonçant les retards dans l’application du protocole signé avec le gouvernement le 16 avril 2026.

Ce que réclament les travailleurs

  • La réintégration des travailleurs licenciés et l’application des accords signés dans l’éducation, la santé, les collectivités, la justice et les transports ;
  • Une indemnité de logement de 100 000 FCFA pour les agents contractuels et le recrutement de 3 700 agents de santé prévu pour 2027 ;
  • La revalorisation des pensions et la limitation des contrats à durée déterminée ;
  • La baisse des prix des denrées de base, des loyers et des transports.

Un État sous contrainte budgétaire

Le gouvernement reconnaît lui-même des retards : le 1er octobre, le directeur général de la Fonction publique, Ibrahima Dieng, admettait que tous les engagements n’avaient pas été tenus, notamment sur la réforme des rémunérations. Le patronat, par la voix du CNES, juge lui aussi les résultats insuffisants et réclame le paiement accéléré de la dette intérieure due aux entreprises. Toile de fond : une dette publique réévaluée autour de 130 % du PIB après la découverte d’emprunts non déclarés, une restructuration en cours avec les créanciers et un programme de 2,2 milliards de dollars négocié avec le FMI. Les marges de manœuvre pour satisfaire les revendications salariales sont donc étroites. La conférence de presse de ce lundi dira si l’exécutif dispose encore d’arguments pour éviter trois jours de paralysie.

Sources : APS ; APS (Pacte social) ; Sud Quotidien via SenePlus ; MADAR ; Agence Ecofin.

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