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Libye : le Parlement de l’Est ratifie l’accord maritime avec la Turquie, l’Égypte et la Grèce crient à l’illégalité

La Chambre des représentants libyenne, basée à Benghazi, a approuvé à l’unanimité mardi 20 octobre l’accord de délimitation maritime conclu en 2019 entre Tripoli et Ankara. Ce vote, qui marque un revirement complet des autorités de l’Est longtemps hostiles au texte, a provoqué dès mercredi 21 octobre la condamnation de l’Égypte, de la Grèce et de l’Union européenne.

Un accord qui redessine la carte maritime

Le mémorandum avait été signé en novembre 2019 par le gouvernement de Tripoli, reconnu par l’ONU, et par la Turquie. Il délimite les zones économiques exclusives des deux pays selon une ligne reliant le sud-ouest de la Turquie au nord-est de la Libye, créant un corridor maritime qui traverse l’espace situé entre la Crète et Chypre. Le Parlement de l’Est ne l’avait jamais ratifié, en raison des rivalités entre les deux camps libyens.

Selon l’Agence Ecofin, ce feu vert ouvre la voie à la prospection et à l’exploitation conjointes d’hydrocarbures dans une zone très convoitée, riche en gaz naturel. Il pourrait permettre à la Turquie d’envoyer ses navires de forage et de prospection sismique dans les eaux qu’elle revendique, voire dans la zone libyenne via des concessions communes, et compliquer les projets énergétiques concurrents qui l’excluent.

Le spectaculaire revirement de Benghazi

Le symbole est fort. En 2020, la Turquie était intervenue militairement aux côtés du gouvernement de Tripoli pour repousser l’offensive des forces du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est. Le Parlement de Benghazi avait alors rejeté l’accord et rompu ses liens politiques avec Ankara. Depuis, un rapprochement progressif s’est opéré entre la Turquie et le camp Haftar.

Le fils et adjoint du maréchal, le lieutenant-général Saddam Haftar, a salué la décision, y voyant un moyen de protéger les intérêts économiques libyens en Méditerranée. À Ankara, le ministère des Affaires étrangères s’est félicité d’un texte qu’il juge conforme au droit international et aux principes d’équité, et le chef de la diplomatie Hakan Fidan a défendu sa légitimité.

Le Caire, Athènes et Bruxelles font bloc

Les réactions hostiles n’ont pas tardé. L’Égypte, voisine directe de la Libye et alliée de longue date du camp Haftar, a qualifié le mémorandum de « nul et non avenu », estimant qu’il n’a aucun effet juridique à son égard. Le Caire a réaffirmé son propre accord maritime de 2020 avec la Grèce, dont le tracé contredit celui de l’accord turco-libyen, tout en disant vouloir laisser une place à la négociation avec Ankara.

La Grèce juge que le vote ne change rien au caractère illégal du texte : selon Athènes, la Turquie et la Libye n’ont pas de côtes face à face ou adjacentes, et l’accord ignore les droits maritimes d’îles comme la Crète, Karpathos ou Rhodes. Le ministre Giorgos Gerapetritis s’est entretenu avec ses homologues chypriote et égyptien. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pour sa part jugé l’accord nul et non avenu et réaffirmé le soutien de l’UE à la Grèce et à Chypre. Israël a également accusé Ankara de déstabiliser la région.

Quelles conséquences pour la Libye ?

Pour la Libye, divisée depuis plus d’une décennie entre un gouvernement à Tripoli et un exécutif rival à l’Est, ce vote présente un paradoxe : il rapproche les deux camps sur un dossier de souveraineté économique, sous l’égide d’un même partenaire turc. Mais il expose aussi le pays à une confrontation diplomatique avec l’Égypte, voisin incontournable, et avec l’Europe, premier débouché de ses hydrocarbures.

Reste à voir si la ratification se traduira rapidement par des campagnes d’exploration conjointes. Athènes a déjà promis de prendre les mesures appropriées pour défendre ses droits souverains, laissant présager de nouvelles tensions en mer.

Sources : Agence Ecofin ; The National ; Middle East Eye ; Reuters / US News.

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