Afrique du Sud : 408 malades après trois semaines d’eau non chlorée près de Pretoria, la mairie visée par une enquête
La Public Protector, médiatrice de la République sud-africaine, a annoncé vendredi 23 octobre 2026 l’ouverture d’une enquête contre la municipalité de Tshwane, qui englobe Pretoria, pour mauvaise administration. En cause : une station de traitement de Bronkhorstspruit, à l’est de la capitale, a distribué de l’eau non chlorée pendant trois semaines, rendant malades 408 personnes, majoritairement des enfants de moins de 4 ans. La veille, l’Alliance démocratique avait déposé une plainte pénale.
Trois semaines sans chlore, sans alerte
Selon une enquête du ministère de l’Eau et de l’Assainissement, la station de Bronkhorstspruit a fourni une eau non traitée du 24 septembre au 14 octobre. Entre le 7 et le 18 octobre, 408 cas de maladies gastro-intestinales ont été recensés, avec un pic de 72 nouveaux malades le seul 13 octobre, rapporte le média GroundUp. Aucun décès n’a été signalé. Les quartiers de Bronkhorstspruit, Zithobeni, Dark City, Rethabiseng et Sokhulumi sont touchés, et l’hôpital local a été débordé.
L’Institut national des maladies transmissibles a identifié du norovirus, des bactéries Campylobacter et Shigella dans des échantillons de patients. Les analyses du 14 octobre ont révélé des taux très élevés d’E. coli à la station et dans deux réservoirs. La rivière où la station puise son eau est elle-même polluée par des rejets d’eaux usées venus de stations défaillantes en amont.
Un conflit avec le fournisseur de chlore
La maire de Tshwane, Nasiphi Moya, explique la rupture par un différend avec le fournisseur de chlore, qui réclamait une hausse de prix de 400 %, alors que la loi plafonne les révisions à 20 %. Le fournisseur s’est retiré pendant les négociations et les livraisons n’ont repris que le 17 octobre, selon BusinessTech. Plus grave encore, les habitants n’ont pas été avertis : la maire a reconnu que des cadres intermédiaires n’avaient pas informé la direction, un manquement qu’elle a qualifié d’impardonnable.
Les consignes sont désormais strictes : l’eau du robinet ne doit servir ni à boire, ni à cuisiner, ni à se laver, même bouillie. La station est à l’arrêt pour un nettoyage complet du réseau, et 36 camions-citernes approvisionnent la population. La gestion de la station a été confiée à la compagnie publique Rand Water.
Plainte pénale et bataille politique
Le 22 octobre, l’Alliance démocratique (DA) a déposé plainte au commissariat central de Pretoria. Son candidat à la mairie, Cilliers Brink, réclame la publication des analyses et un audit des 777 millions de rands dépensés en camions-citernes en 2024/25, selon le Cape Times. L’enquête de la Public Protector fait suite aux plaintes d’Omphile Maotwe, trésorière générale de l’EFF, et de Willie Spies, du Front de la liberté Plus, a précisé son porte-parole Oupa Segalwe à TimesLIVE. Le directeur municipal devra répondre formellement.
« Il y a un effondrement manifeste du contrôle », dénonce Ferrial Adam, directrice de l’ONG WaterCAN, citée par le Cape Times. L’affaire ravive le souvenir du choléra de Hammanskraal, qui avait fait des dizaines de morts en 2023 dans la même métropole.
Ce qui va suivre
La Water Research Commission mène des analyses indépendantes dont le rapport est attendu le 28 octobre. Aucune date n’a été fixée pour déclarer l’eau à nouveau potable. La ministre de l’Eau, Pemmy Majodina, promet d’établir les responsabilités, à deux semaines des municipales du 4 novembre, où la gestion des services de base sera au cœur du vote.
Sources : TimesLIVE, Cape Times / IOL, Mail & Guardian, BusinessTech, GroundUp, France 24 / AFP.
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