Cameroun : dix ans après Eseka, le rail se modernise mais les victimes attendent toujours le procès en appel
Le Cameroun marque ce mercredi 21 octobre 2026 le dixième anniversaire de la catastrophe ferroviaire d’Eseka, la plus meurtrière de son histoire. Le 21 octobre 2016, un train de voyageurs reliant Yaoundé à Douala avait déraillé près de cette ville du Centre, faisant 79 morts et plus de 500 blessés. Une décennie plus tard, le concessionnaire Camrail revendique d’importants investissements, mais le volet judiciaire reste inachevé et une partie des victimes n’a pas été indemnisée.
Un drame aux causes établies
Ce jour-là, l’effondrement d’une portion de la route Yaoundé-Douala avait provoqué un afflux massif de voyageurs vers le rail. Le rapport d’enquête rendu public en 2017 a dressé une liste accablante de défaillances : une vitesse de 96 km/h sur un tronçon limité à 40 km/h, une surcharge du convoi, un allongement irrégulier de la rame et des wagons présentant des défauts de freinage. Le document relevait aussi que la direction de Camrail n’avait pas tenu compte des réserves exprimées par le conducteur avant le départ, rappelle RFI.
Une justice toujours en suspens
Le 26 septembre 2018, le tribunal d’Eseka a reconnu Camrail, alors filiale du groupe Bolloré, et onze de ses employés coupables d’homicides et de blessures involontaires. L’ancien directeur général a écopé de six mois de prison avec sursis, d’autres agents de peines de trois à cinq mois avec sursis, tandis que le conducteur, en fuite, a été condamné à cinq ans de prison ferme.
Camrail a fait appel, contestant notamment l’absence d’expertise qu’elle juge qualifiée. Huit ans plus tard, ce procès en appel n’a toujours pas eu lieu. Les avocats des victimes dénoncent des indemnisations jugées trop faibles au regard des préjudices physiques et psychologiques, dont certaines n’ont jamais été versées. Des survivants vivent encore avec de lourdes séquelles, et le corps de la notaire yaoundéenne Dorette Dissakè n’a jamais été retrouvé ; son mari, l’avocat Thomas Dissakè, poursuit ses recherches avec des experts, en lien avec Camrail et le ministère des Transports, selon RFI.
Un réseau en reconstruction
Sur le plan industriel, le visage du rail camerounais a changé. Le groupe Bolloré a conservé la concession jusqu’à la cession de ses activités logistiques africaines à l’armateur italo-suisse MSC en 2022 ; Camrail est aujourd’hui une filiale d’Africa Global Logistics (AGL). En juin 2026, l’entreprise affirmait, selon EcoMatin, avoir investi plus de 300 milliards de FCFA dans les infrastructures et le matériel depuis le début de la concession en 1999.
Les chiffres mis en avant par l’opérateur illustrent cette mise à niveau :
- plus d’un tiers du réseau national renouvelé, avec le passage de rails de 36 kg à 54 kg par mètre et la pose de traverses en béton bi-bloc ;
- 1 800 ouvrages hydrauliques rénovés ;
- une flotte passée de 9 à 43 locomotives, complétée par quatre machines GL30 fournies par le sud-africain Railco Africa ;
- plus de 1,5 million de tonnes de fret transportées chaque année, avec environ 1 250 wagons ;
- 359 000 passagers en 2025 pour le Train Express, lancé en 2021 en remplacement de l’Intercity suspendu après Eseka.
La sécurité, condition de la confiance
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse la mémoire. Le chemin de fer est un maillon essentiel des corridors qui relient le port de Douala à l’arrière-pays et aux pays enclavés de la sous-région, notamment pour le fret. Les nouvelles locomotives, dotées selon Camrail de systèmes de contrôle informatisés et de mécanismes de sécurité renforcés, doivent réduire les incidents techniques. Mais pour les familles endeuillées, la modernisation du réseau ne remplace pas une réponse judiciaire définitive. Dix ans après, la tenue du procès en appel et le règlement complet des indemnisations restent les deux attentes majeures des victimes d’Eseka.
Sources : RFI via allAfrica ; RFI via Shango Media ; EcoMatin ; Investir au Cameroun ; Jeune Afrique.
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