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Afrique du Sud : le port de Durban paralysé par la congestion, des armateurs commencent à l’éviter

Le port de Durban, premier port à conteneurs du continent, reste plongé dans une congestion sévère. Selon le bulletin opérationnel du transitaire Kuehne+Nagel couvrant la période du 14 au 20 octobre 2026, l’attente moyenne des navires y atteint environ 7,3 jours, avec des retards de 10 à 16 jours au Durban Gateway Terminal (DGT), et certains armateurs ont commencé à sauter l’escale pour dérouter leurs cargaisons.

Des attentes qui s’allongent sur les deux terminaux

Le diagnostic de Kuehne+Nagel est sans appel : les deux terminaux à conteneurs de Durban sont touchés. Au Pier 1, les retards oscillent entre 6 et 11 jours, et jusqu’à 14 jours dans des cas isolés. Au DGT, l’ancien Pier 2, ils vont de 10 à 16 jours, certains navires ayant patienté jusqu’à 25 jours. Le transitaire évoque des pannes d’équipements, une saturation côté terre et des contraintes côté mer.

Le phénomène n’est pas nouveau. Début octobre, le rapport hebdomadaire RSA Corridor Pulse du cabinet Crickmay, cité par Freight News, relevait déjà que le temps d’escale à Durban dépassait sept jours pour la cinquième semaine consécutive, l’un des niveaux les plus élevés depuis plus de deux ans. Le corridor routier N3 Johannesburg-Durban y était placé « sous surveillance » en raison de ces retards.

Une crise née d’un changement informatique

Le DGT, qui traite selon une estimation gouvernementale près de la moitié du fret conteneurisé sud-africain, est exploité depuis le 1er janvier 2026 dans le cadre d’une concession de 25 ans associant l’opérateur public Transnet au philippin ICTSI. Selon Daily Maverick, la bascule vers le système informatique Navis, en août, a bloqué les opérations et déclenché une crise dont le terminal ne s’est pas encore remis.

Les données de l’Association sud-africaine des transitaires (Saaff) citées par le quotidien en ligne montrent des navires attendant en moyenne 251 heures au mouillage et 127 heures à quai. Le débit côté mer a progressé de 6 % sur la dernière semaine mesurée, mais la Saaff estime qu’il ne s’agit pas d’un retour à la normale et anticipe un plan d’équipement de 24 à 48 mois.

Des renforts temporaires et des salaires impayés

Pour faire face, une trentaine d’anciens employés de Transnet ont été rappelés en septembre sur des contrats de trois mois qui s’achèvent le 30 novembre. Ces travailleurs dénoncent un sous-effectif, des conditions jugées dangereuses et des salaires de septembre non versés ; Transnet invoque des problèmes administratifs et prévoit un paiement exceptionnel le 23 octobre. Les salariés redoutent une nouvelle dégradation à leur départ fin novembre.

Du côté des autorités, la ministre des Transports Barbara Creecy, en visite sur le site le 2 octobre, a obtenu de Transnet, d’ICTSI et du DGT la reprise des échanges avec les clients. Transnet annonce 737 millions de rands d’investissements à court terme et 1,2 milliard sur deux ans. Le directeur général du DGT, Javier Lancha, assure que le système Navis est désormais stable et qu’une nouvelle plateforme numérique de prise de rendez-vous des camions est en cours de déploiement.

Un effet domino sur la région

Les reports de trafic se font déjà sentir. Kuehne+Nagel signale que la densité des parcs à conteneurs pourrait augmenter à Port Elizabeth, où sont redirigées des marchandises initialement destinées à Durban. Ailleurs sur le continent, la situation reste tendue dans plusieurs ports : environ 13 jours d’attente à Beira, au Mozambique, et près de 12 jours à Conakry, en Guinée. Pour les importateurs et exportateurs d’Afrique australe, y compris ceux des pays enclavés desservis par Durban, ces délais se traduisent par des surcoûts et des ruptures dans la chaîne du froid. L’enjeu dépasse Durban : la réussite ou l’échec de ce partenariat public-privé servira de test pour l’ouverture des ports sud-africains aux opérateurs privés.

Sources : Kuehne+Nagel ; Daily Maverick ; allAfrica ; Freight News ; Cold Link Africa.

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