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La Chronique Du Bantu

Chronique : après le retrait de Macky Sall, l’Afrique toujours à la porte du secrétariat général de l’ONU

En novembre 1996, les États-Unis furent seuls, face aux quatorze autres membres du Conseil de sécurité, à opposer leur veto à un second mandat de l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali. Pour apaiser le continent, Washington accepta que le poste revienne à un autre Africain : ce fut le Ghanéen Kofi Annan. (Anecdote historique, rapportée notamment par The Spokesman-Review, 20 novembre 1996.)

Trente ans plus tard, la même mécanique vient de se rappeler au souvenir de l’Afrique. Samedi 17 octobre 2026, l’ancien président sénégalais Macky Sall a retiré sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, au lendemain d’un sixième vote indicatif du Conseil de sécurité où il a recueilli plus d’avis défavorables que favorables, dont ceux de trois membres permanents selon l’agence APA.

Une candidature née dans la division

L’aventure avait mal commencé. En mars 2026, c’est le Burundi d’Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, qui a porté la candidature de Macky Sall, et non Dakar. Le ministre sénégalais des Affaires étrangères avait alors fait savoir que son gouvernement n’avait pas été associé à la démarche, selon Le Soleil. Il a fallu attendre le 20 juillet pour que le Sénégal apporte officiellement son soutien à l’ancien chef de l’État, après une audience entre Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur.

Entre-temps, la candidature avait ravivé les plaies de la vie politique sénégalaise. Une partie de la majorité reproche toujours à Macky Sall la répression des manifestations de 2021 à 2023, qui ont fait au moins 65 morts selon RFI. Difficile, dans ces conditions, de présenter au monde l’image d’un continent uni derrière son champion.

La règle non écrite de la rotation

L’obstacle principal était toutefois ailleurs. Rien n’oblige formellement à faire tourner le poste entre les régions du monde, mais l’usage pèse lourd. L’Afrique a déjà occupé le fauteuil deux fois, avec Boutros Boutros-Ghali puis Kofi Annan. L’Amérique latine, elle, n’a eu qu’un seul secrétaire général, le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, dans les années 1980. Le 13 octobre, la Communauté des États latino-américains et caraïbes a estimé que le moment était venu pour l’un de ses ressortissants, selon The National.

Les votes indicatifs ont confirmé cette tendance. Lors du sixième tour, le 16 octobre, la Costaricienne Rebeca Grynspan est arrivée en tête avec neuf avis favorables, devant l’Argentin Rafael Grossi et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett. Macky Sall en a tiré la conclusion lui-même : dans sa déclaration, il note que les votes semblent orienter le choix vers l’Amérique latine et les Caraïbes, « et éventuellement féminine », selon l’AFP.

Le paradoxe d’un candidat réformateur

Il y a une ironie dans cet échec. Macky Sall avait fait de la réforme de la gouvernance mondiale l’un de ses thèmes, et il a quitté la course en appelant l’ONU à transformer profondément ses méthodes de travail. Or c’est précisément le pouvoir de blocage des cinq membres permanents, qu’il entendait questionner, qui a eu raison de sa candidature. Les votes indicatifs ne sont pas des vetos formels, mais un avis négatif d’un membre permanent suffit, dans la pratique, à condamner un candidat.

À Dakar, l’incompréhension domine chez une partie de l’opinion. Un artisan interrogé par Afrik.com y voit la preuve que l’ONU reste un club réservé aux vainqueurs de 1945. D’autres saluent au contraire le réalisme d’un retrait qui évite une défaite plus humiliante.

Ce que l’Afrique peut en retenir

La course n’est pas terminée. Aucun des candidats n’a échappé à au moins un avis négatif d’un membre permanent, selon l’AFP, et de nouvelles candidatures restent possibles avant la fin du mandat d’António Guterres, le 31 décembre. L’Ougandais Olara Otunnu reste en lice. Mais l’épisode laisse une leçon : sans candidature préparée tôt, portée par l’État d’origine et soutenue sans réserve par l’Union africaine, le continent pèse peu dans les arbitrages de New York.

La même exigence vaut pour la revendication africaine de sièges permanents au Conseil de sécurité, défendue depuis des années par l’Union africaine. Le retrait de Macky Sall ne la rend que plus actuelle : tant que les règles du jeu resteront celles de 1945, l’Afrique continuera de frapper à une porte dont d’autres détiennent la clé.

Sources : APA News ; AFP via Orange Actu ; The National ; Security Council Report ; Afrik.com ; RFI via allAfrica ; Le Soleil via allAfrica ; Burkina24 ; The Spokesman-Review (1996).

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