Chronique : au Sénégal, la grève générale de 72 heures, premier vrai test social pour le pouvoir
« Car l’ouvrier mérite son salaire. » — Évangile selon Luc, chapitre 10, verset 7 (traduction Louis Segond).
Ce mercredi 21 octobre 2026, le Sénégal entre dans une grève générale de 72 heures, jusqu’au 23 octobre, à l’appel des centrales syndicales, dont la CNTS et le Front syndical pour la défense du travail (FSDT). Le mouvement vise les secteurs public, parapublic et privé. Le gouvernement le juge illégal et menace de sanctions. Au-delà du bras de fer juridique, cette mobilisation constitue le premier grand test social pour l’exécutif du président Bassirou Diomaye Faye.
Ce que réclament les syndicats
Les revendications tournent autour du pouvoir d’achat, de la protection de l’emploi, des retraites, de la protection sociale et du respect des engagements pris par l’État. Les syndicats demandent aussi la révision du nouveau Code du travail, adopté en septembre. Mardi, à la veille du mouvement, environ 150 personnes ont manifesté à Dakar, selon la revue de presse d’allAfrica. Une responsable syndicale y a résumé le malaise : les autorités, a-t-elle déploré, « ne nous associent plus aux discussions ».
Plusieurs secteurs stratégiques ont confirmé leur participation, selon le site Xalima : le transport aérien, avec un service minimum annoncé, la justice, la santé et l’électricité à la Senelec. La société de transport urbain Dakar Dem Dikk est également concernée par un préavis de 72 heures.
La riposte juridique du gouvernement
Face à l’appel, le ministère de la Fonction publique et du Travail, dirigé par Mamadou Lamine Dianté, a choisi le terrain du droit. Selon Seneweb, il estime qu’un préavis unique adressé au seul ministre ne peut couvrir des travailleurs relevant de régimes juridiques différents. Le nouveau Code du travail impose un dépôt auprès de l’inspection du travail pour le privé, et le statut de la fonction publique un préavis motivé d’un mois. Le gouvernement qualifie donc la grève d’« illicite » et brandit la menace de retenues sur salaire et de sanctions disciplinaires.
L’exécutif n’a pas pour autant fermé la porte. Il affirme que l’essentiel des questions soulevées est déjà traité dans le cadre du pacte national de stabilité sociale, suivi par un comité de pilotage, et appelle les syndicats à suspendre leur mouvement au moins jusqu’en janvier 2027 afin de poursuivre le dialogue.
Un calendrier explosif
Le moment choisi n’est pas neutre. Le Sénégal s’apprête à accueillir les Jeux olympiques de la jeunesse, dont l’ouverture est prévue le 31 octobre à Dakar, une vitrine internationale que les autorités veulent protéger. Sur le plan financier, la marge de manœuvre est étroite : le pays a annoncé en septembre un traitement de sa dette, ses obligations s’échangent à des rendements parmi les plus élevés du continent, et l’accord de 2,2 milliards de dollars conclu avec les services du FMI début septembre devait encore, à la mi-septembre, être validé par le conseil d’administration de l’institution. Difficile, dans ces conditions, de promettre de nouvelles hausses de salaires.
À ce contexte s’ajoute un climat politique tendu : faute de décret de convocation signé dans les délais, les élections locales prévues le 17 janvier 2027 sont de fait reportées, sans explication officielle du chef de l’État.
Ce que révèle ce bras de fer
Porté au pouvoir en 2024 sur une promesse de rupture et de justice sociale, le tandem Faye-Sonko se heurte désormais aux réalités budgétaires. En descendant dans la rue, les syndicats rappellent que le changement promis devait aussi se traduire dans les fiches de paie. L’ampleur réelle du suivi de la grève, encore incertaine, dira beaucoup du rapport de force. Une mobilisation massive obligerait le gouvernement à rouvrir les négociations ; un mouvement peu suivi conforterait sa ligne de fermeté. Dans les deux cas, la question posée reste la même : comment concilier l’assainissement des finances publiques avec la juste rémunération de ceux qui font tourner le pays ?
Sources : allAfrica (revue de presse du 21 octobre) ; Seneweb ; Xalima ; Financial Afrik ; SenePlus ; Senegal7 ; Seneweb (FMI) ; Agence Ecofin ; Bible Louis Segond, Luc 10:7.
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