Gabon : Ali Bongo revendique la présidence du PDG et défie la direction de Blaise Louembé
L’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba a publié mardi 20 octobre 2026 une adresse aux militants du Parti démocratique gabonais (PDG) dans laquelle il affirme être toujours le président statutaire de la formation. Il conteste l’ensemble des changements intervenus depuis le 7 mars 2024 sous la direction de Blaise Louembé et annonce vouloir conduire personnellement la réorganisation du parti, selon Gabon Media Time et la revue de presse d’allAfrica.
Une démission qu’il conteste
Au cœur de son argumentaire, la réunion du 7 mars 2024, tenue à sa résidence alors que sa liberté de mouvement était restreinte. Ali Bongo assure y avoir proposé un schéma d’organisation et plusieurs noms pour assurer la continuité du parti, sans pour autant renoncer à ses fonctions ni autoriser une direction hors des statuts. Il se présente comme le président légitime, reconduit lors du congrès de décembre 2022.
Il rejette également l’interprétation de sa déclaration du 18 septembre 2024, dans laquelle il annonçait son retrait de la vie politique. Selon lui, ce texte a été rédigé alors qu’il était assigné à résidence et que son épouse et son fils étaient privés de liberté, et il ne saurait donc valider a posteriori les décisions prises six mois plus tôt. « Aujourd’hui je suis libre, et ma parole aussi », écrit-il.
Mise en demeure et feuille de route
L’ancien chef de l’État indique avoir adressé une mise en demeure aux dirigeants actuels. Il affirme avoir invité Blaise Louembé et deux responsables de son choix à une rencontre à Paris début octobre, invitation restée sans réponse. Il propose une sortie de crise en trois étapes :
- le rétablissement de la légalité statutaire ;
- la création d’un organe de transition inclusif ;
- la tenue d’un congrès ouvert à toutes les sensibilités du parti.
Ali Bongo dit refuser toute initiative menée par la seule direction en place. Il souhaite que le PDG assume une position d’opposition et rejette toute fusion ou absorption dans une autre formation. Il assure enfin ne pas renoncer à la vie politique. Il évoque par ailleurs des pressions extérieures sur l’actuelle direction, sans en apporter la preuve.
Premières réactions
La direction de Blaise Louembé n’avait pas réagi publiquement mercredi matin, selon Gabon Media Time. Mais la sortie de l’ancien président a déjà suscité des réactions dans la classe politique. Anges Kevin Nzigou, président du Front démocratique socialiste (FDS), a jugé la démarche peu sincère et accusé Ali Bongo de chercher à peser depuis l’étranger. Il l’invite à rentrer au pays : « qu’il vienne au Gabon le revendiquer face aux militants », a-t-il lancé.
Un parti fragilisé depuis le coup d’État
Cette offensive intervient plus de trois ans après le coup d’État du 30 août 2023, qui a mis fin à plus d’un demi-siècle de règne de la famille Bongo et porté au pouvoir le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Ancien parti-État, le PDG est depuis dirigé par Blaise Louembé, dont Ali Bongo conteste désormais ouvertement la légitimité.
La question est désormais de savoir si ce conflit de légitimité se réglera en interne ou devant les tribunaux. En mars déjà, Ali Bongo avait évoqué l’option judiciaire en cas d’échec du dialogue avec l’équipe Louembé. Son retour sur la scène politique, même à distance, ajoute une inconnue au paysage gabonais et pourrait diviser des militants déjà éprouvés par la perte du pouvoir.
Sources : Gabon Media Time ; Gabon Media Time (réaction d’A. K. Nzigou) ; allAfrica (revue de presse du 21 octobre) ; Sunu Afrik Radio ; Gabon Media Time (discours du 12 mars 2026).
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