Chronique du Bantu — Coups d’État en cascade : le Sahel face à sa propre spirale
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Dans la nuit du 28 au 29 août, des militaires nigériens ont brièvement pris le contrôle d’une base aérienne à Niamey, avant d’être délogés par les forces loyalistes appuyées par des éléments russes d’Africa Corps et, le lendemain, par l’aviation algérienne. L’épisode a été rapidement neutralisé, presque banalisé dans le flot des nouvelles africaines de la semaine. C’est précisément cette banalisation qui devrait nous inquiéter.
Une génération d’officiers qui ne croit plus à ses propres promesses
Depuis 2020, le Mali, la Guinée, le Burkina Faso à deux reprises et le Niger en 2023 ont connu des coups d’État. Le pouvoir du général Tiani, qui avait justifié sa prise de pouvoir par l’échec sécuritaire du régime civil, se retrouve aujourd’hui confronté au même reproche venu de l’intérieur de sa propre armée : la situation contre les groupes jihadistes affiliés à l’État islamique et au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ne s’est pas améliorée, elle s’est aggravée. Le Nigeria, pourtant démocratie civile installée depuis près de trente ans, a lui-même reconnu en février avoir déjoué une tentative de coup fomentée par des officiers en 2025. La rhétorique de la rupture salvatrice s’épuise partout à la même vitesse que les résultats qu’elle avait promis de produire.
Le vrai danger : la normalisation
Ce qui devrait alarmer les chancelleries africaines n’est pas tant chaque tentative isolée que la mécanique qu’elles installent collectivement : la prise du pouvoir par les armes devient un mode de gestion ordinaire du désaccord politique et militaire, y compris au sein même des juntes qui avaient promis d’y mettre fin. La Cédéao, affaiblie par le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger vers l’Alliance des États du Sahel, peine à peser sur ces dynamiques. Les accusations croisées entre Niamey et Abuja, aussi vite démenties qu’elles apparaissent, achèvent de fragiliser une architecture régionale de médiation déjà à bout de souffle.
Il est temps que les sociétés civiles sahéliennes, trop souvent réduites au silence par l’état d’urgence sécuritaire, retrouvent une place dans la définition de ce que devrait être la sécurité pour leurs pays. Une souveraineté qui ne repose que sur des officiers armés, aussi patriotes soient leurs intentions initiales, reste une souveraineté suspendue au bon vouloir du prochain putschiste. L’Afrique de l’Ouest mérite mieux qu’un jeu de chaises musicales militaires financé, en creux, par l’épuisement démocratique de ses citoyens.
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