Chronique du Bantu — Durban et le miroir brisé de la solidarité africaine

Depuis treize semaines, des centaines de Congolais campent rue Che Guevara à Durban, devant les bureaux du ministère sud-africain de l’Intérieur, chassés de leurs quartiers par des menaces xénophobes. Jeudi, une nouvelle marche du mouvement « March and March », présentée comme une « campagne de nettoyage », a de nouveau dégénéré en violences. Ce n’est pas un fait divers local : c’est un test de ce qu’il reste, concrètement, de la solidarité entre Africains lorsqu’elle se heurte au chômage, à la peur et à la précarité du quotidien.
L’ubuntu à l’épreuve de la rue
L’Afrique du Sud a fait de l’ubuntu — « je suis parce que nous sommes » — un pilier de son identité nationale post-apartheid, une philosophie censée irriguer les rapports entre citoyens et, par extension, entre peuples du continent qui l’ont soutenue dans sa lutte contre la ségrégation. Or ce même pays connaît, pour la quatrième fois en moins de vingt ans après 2008, 2015 et 2019, une vague de violences dirigées contre des étrangers africains, essentiellement congolais dans l’épisode actuel. La mémoire est courte : nombre de ces mêmes communautés africaines avaient accueilli des cadres et militants sud-africains en exil durant les années de plomb de l’apartheid.
Le panafricanisme ne se décrète pas dans les sommets
Il est commode de dénoncer la xénophobie sud-africaine depuis Kinshasa, Lagos ou Yaoundé, mais la question mérite d’être retournée : sommes-nous, ailleurs sur le continent, plus accueillants envers nos propres voisins africains lorsque la conjoncture économique se durcit ? La libre circulation des personnes, pourtant inscrite dans les textes de l’Union africaine et dans l’esprit de la Zone de libre-échange continentale africaine, reste largement théorique, contredite au quotidien par des tracasseries administratives, des contrôles arbitraires et, comme à Durban, par une violence de rue qui prospère sur l’absence de perspectives économiques pour la jeunesse locale.
Tant que l’intégration africaine restera un slogan de sommets diplomatiques plutôt qu’une politique vécue dans les townships et les quartiers populaires, des campements comme celui de la rue Che Guevara continueront de surgir, ailleurs, sous d’autres noms de rue. La solidarité panafricaine ne se mesure pas aux discours prononcés à Addis-Abeba, mais à la manière dont un Congolais, un Zimbabwéen ou un Mozambicain est traité par son voisin sud-africain, ivoirien ou camerounais, un jour ordinaire de chômage et de tension sociale.
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